Culture

Les Aventures Extraordinaires de Moïse Levy SAISON 2 - Episode 13 - La taupe

Kibboutz Shtetl Gan Eden, Israël Recruté par le Mossad, Moïse Levy n’est jamais retourné sur le terrain depuis 26 mois. Il a repris le cours tranquille de sa vie au kibboutz, une existence rythmée par les lois de la terre et celle des saisons, loin du tumulte du monde.

6 minutes
29 août 2025

ParGuitel Benishay

Les Aventures Extraordinaires de Moïse Levy SAISON 2 - Episode 13 - La taupe

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Le vent glacé fouette le visage de Moïse. Il avance d’un pas vif, col relevé, la mâchoire serrée. À ses côtés, Yaël marche droite, le regard braqué sur la façade d’un immeuble haussmannien. Une porte blindée, anonyme. Une entrée comme une autre dans ce quartier trop calme pour être innocent. Un digicode, une caméra, un couloir aux murs crayeux. Au fond, un appartement sécurisé, peu meublé. Froid. Fonctionnel. À l’intérieur, Yonatan les attend, debout devant une table recouverte de dossiers. Ephraïm, bras croisés, observe sans un mot. Contre le comptoir, Jarod aiguise lentement un couteau, lame effilée, sourire en coin.

« Grâce à vos frasques en Corse », commence Yonatan sans lever les yeux, « nous avons intercepté des communications entre Bahram Al-Nassiri et un banquier. Un certain Al-Salem. À Dubaï."

Il redresse la tête. Le regard est tranchant. « Ils recrutent des traders. Une opération financière d’envergure. »

« Moïse fronce les sourcils. « Quel rapport avec Al-Nassiri ? »

Yonatan attrape un dossier, le lance sur la table. Les feuillets glissent, révélant des chiffres, des schémas, des écoutes partiellement traduites. « On l’ignore. Mais regardez ça. »

Moïse se rapproche et lit. Yonatan continue son briefing. « Voilà ce qu’ils préparent. Un attentat dans une capitale. Laquelle ? Impossible à savoir. Ils misent sur une panique boursière. Et dans le sillage, un détournement massif d’actifs. C’est peut-être un simple enrichissement personnel… un hold-up à grande échelle ou peut-être un écran de fumée pour autre chose. On penche pour du terrorisme. »

Yaël parcourt les documents. Son doigt s’arrête sur un graphique. Elle ne dit rien. Puis :

« C’est une opportunité. On doit entrer dans leur cercle. Voir ce qu’ils préparent. De l’intérieur. »

Yonatan plisse les yeux. « Quelle couverture ? »

Elle relève la tête. Croise le regard de Moïse. « Traders. »

Yonatan ne semble pas convaincu. Il fait une grimace.

Yaël argumente. « On doit savoir ce que cherche Al-Nassiri. Et pourquoi il était en Corse. »

« Je m’en fiche de ce qu’il faisait en Corse. Du tourisme. »

 Jarod plaisante. « Le GR20. » 

 

Un silence. Puis le cliquetis du couteau que Jarod repose doucement sur le plan de travail.

« C’est quoi ton idée ? »

Yaël prend le couteau de Jarod et le fait tourner sur lui-même. « Au plus simple. Ils cherchent des traders ? »

« Vous allez vous faire passer pour des traders ? »

Yaël acquiesce.

« On a les bons CV. Les réseaux. Les contacts dormants à Londres. On peut les activer. »

« Et si c’est un piège ? »

Elle marque une pause. « On gère. J’ai juste besoin d’une information avant d’y aller. »

Yonatan attend.

« Kian Al-Nassiri ? Il est toujours vivant. » 

Yonatan ne répond pas tout de suite. Il réfléchit. Puis hoche la tête, grave. « Oui. Un peu vivant. On le garde au chaud. Pourquoi ? »

« C’est juste une assurance. » 

Un silence. Puis : « D’accord. On monte l’opération. Vous partez dans 24 heures. Préparez vos couvertures. »

 

28 heures plus tard dans un Club privé, Knightsbridge, Londres

L’atmosphère feutrée du club donne une impression de douceur. L’épaisse moquette absorbe les pas, les dorures étouffent les angles, et pourtant, tout ici sonne faux. Moïse et Yaël avancent sans un mot, escortés par un serveur ganté jusqu’à une salle privée. À l’intérieur, Jamal Al-Salem les attend. Un verre de whisky à la main, costume bleu nuit ajusté au millimètre, regard fendu d’un sourire glacé. « Nos traders d’élite, welcome » dit-il, en se levant avec une élégance presque affectée.

Le ton est affable. Trop sûr. Trop préparé. Il repose son verre avec soin, se penche légèrement : « Asseyez-vous. Vous avez fait tout ce chemin, après tout. »

Moïse et Yaël s’installent, raides, attentifs. Al-Salem croise les mains. Sa voix baisse d’un ton. « Quel bel effort pour arriver jusqu’ici. Une couverture impeccable. Fausse identité, références bidon… » Il sourit. « Impressionnant les sionistes. Vraiment. »

Un silence. Puis, toujours en douceur : « Mais dites-moi… Pasquale et Yaël, ce sont vos vrais prénoms ? Avec les agents du Mossad on ne sait jamais. »

Moïse ne bouge pas. Pas un cil. À cet instant, quatre hommes surgissent de l’ombre, armes dégainées. Silencieux, précis, bras tendus. C’est un piège. Et ils y sont. Alors, une voix. Lointaine. Cinglante : « Le bonheur, ça tient à pas grand-chose. »

Bahram Al-Nassiri s’avance. Costume sans pli, regard noir, arme en main.

« Ham Israël Haï… c’est ça ? » dit-il. Son ton est calme.

Yaël fait un pas en avant. Le menton relevé. « Dégage on sort. »

« Peu probable. » répond Al-Nassiri.

« Tu connais Kian ? »

Le prénom claque. Al-Nassiri tressaille. Presque imperceptiblement. Mais c’est là. Elle continue, imperturbable : « C’est moi qui ai arrêté ton frère. Et il est vivant. Un peu vivant. »

Le pistolet d’Al-Nassiri reste levé. Mais une hésitation, ténue, traverse ses yeux. Yaël appuie, froide comme une lame : « Il est au fond d’un trou. Si nous ne sortons pas d’ici, il ne passera pas la nuit. »

Le silence devient une chape. Al-Salem regarde Al-Nassiri. Rien dans son regard ne dit ce qu’il pense. Bahram recule d’un pas. Lentement. Il baisse son arme. La colère gronde, mais elle est contenue.

« Laissez-les passer. »

La porte s’ouvre. Moïse et Yaël reculent à pas lents, les mains visibles. Les armes restent pointées. Personne ne parle. La porte se referme.

 

Quartier du Mossad, Tel-Aviv, Israël

David est debout, les poings crispés, le visage fermé. Une colère sourde, mais prête à éclater. « Vous avez discuté avec Al-Salem ? » Il crie presque. « Sans rien dire à personne ? »

Yaël ne bronche pas. Aucune trace de sourire. « Il y a une taupe chez nous. »

David s’avance d’un pas. « C’est ça ta défense ? » gronde-t-il.

Moïse croise les bras, un sourire en coin. La tension ne l’écrase plus. Elle l’alimente. « Une taupe, ça fait des dégâts. »

David explose. « Vous vous moquez de moi ? »

Il tape du poing sur la table. Le dossier sur Grese valse au sol. Yaël ne recule pas. Elle s’approche. « On a failli y passer. À Paris. À Londres. Et chaque fois, ils savaient exactement où nous étions. » Elle marque un temps. « Il y a un pourri dans nos services. »

Le silence s’abat comme une chape. David inspire, longuement. Son regard passe de Yaël à Moïse, puis au vide. Il finit par souffler : « Trouvez-moi cette taupe… ou cette mission s’arrête là. Pour tous les deux. »

Yaël le fixe. « On monte une opération Saphir ? »

« En France ? Carrément ? »

Yaël hoche la tête, David hoche la tête. « Besseder. Vous prenez le premier avion pour Paris mais vous ne faites rien ce soir. Vous m’avez compris ? Rien ce soir. »

 

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