Des médias britannique (The Guardian) et allemand (Deutsche Welle, DW) ont alerté sur le fait que « la pression pour accélérer le désarmement du Hezbollah pourrait mettre en danger le Liban, entraînant des affrontements, voire une guerre civile, et qu’un processus lent et par étapes devrait être adopté ». Selon ces médias, les efforts doivent d’abord se concentrer sur la construction de l’État et le renforcement des institutions. De plus, ils affirment que les membres du Hezbollah devraient être intégrés à ce processus afin de ne pas isoler ou pénaliser les membres de l’organisation. Le problème, avec cette approche qui suggère que le désarmement doit être mené lentement et seulement après l’achèvement du processus de construction de l’État, est que le temps joue en faveur du Hezbollah. Le Hezbollah espère qu'avec le temps, la détermination et la capacité d'Israël, du gouvernement libanais et des États-Unis à agir contre lui s'affaibliront.
La stratégie du Hezbollah consiste à faire traîner le processus afin de permettre sa réhabilitation militaire. La décision du gouvernement libanais de désarmer le Hezbollah, prise sous la pression américaine, a conduit le Hezbollah à menacer de ne pas déposer les armes, même au prix d'une guerre civile. La position du Hezbollah est qu'Israël doit d'abord se retirer du Liban et cesser ses attaques, puis il sera disposé à discuter (le Hezbollah ne s'engage pas à désarmer en échange du retrait d'Israël, mais seulement à en discuter).
À cela s'ajoutent les revendications du Hezbollah selon lesquelles « les armes sont l'identité et l'honneur du Hezbollah, qu’il vaut mieux mourir que rendre les armes, qu’il est le protecteur du Liban contre Israël et qu'il n'abandonnera jamais la résistance ». Récemment, un nouvel argument a rejoint son arsenal narratif : depuis la chute du régime d'Assad, le Hezbollah défend le Liban contre les attaques des djihadistes sunnites venus de Syrie. Ce discours s'appuie sur l'héritage des combats que le Hezbollah a menés aux côtés de l'armée libanaise contre Daech dans la région d'Arsal, à la frontière libano-syrienne, en 2017. Parallèlement à la reconstruction de ses infrastructures et de ses capacités militaires, le Hezbollah reconstitue également son arsenal de prétextes et de récits pour justifier de conserver des armes et de continuer à s'armer. Face aux efforts constants du Hezbollah pour se reconstituer, Israël agit quotidiennement pour contrecarrer la menace. Le Centre Alma fait une veille permanente de ces tentatives de réhabilitation citées dans de nombreuses publications.
Malgré des condamnations officielles, l'intervention israélienne et la crainte d'une escalade constituent le principal levier du gouvernement libanais contre le Hezbollah. D'où la nécessité d'agir maintenant, alors que le Hezbollah est affaibli et que le gouvernement israélien est déterminé à le maintenir à ce niveau. Le Hezbollah, bien sûr, n'a aucun intérêt à laisser l’État se structurer ni à renforcer le gouvernement libanais.
Son pouvoir découle des divisions et de la faiblesse du Liban, qui lui permettent de maintenir un État dans l'État et de maintenir sa base chiite fidèle au Hezbollah indépendante de l'État. Depuis des décennies, il utilise son pouvoir politique pour protéger ses propres intérêts au détriment du bien-être du Liban. Le Hezbollah ne sert que ses propres intérêts et ceux de l'Iran au Moyen-Orient. Le démantèlement du Hezbollah ne se résume pas à un désarmement, mais aussi à un démantèlement de son pouvoir politique et économique.
Contrairement à ce que prétendent les médias, l'intégration de membres du Hezbollah au processus politique porterait atteinte à la stabilité du gouvernement et à l'objectif ultime, le démantèlement complet du Hezbollah au Liban. Le renforcement du gouvernement et de l'armée libanais est une étape cruciale, mais ces processus prendront du temps. Ils doivent donc être menés en parallèle, et non avant l'adoption de mesures contre le Hezbollah. L'État libanais se renforce grâce au démantèlement du Hezbollah ; tant qu'il le pourra, le Hezbollah œuvrera à l'affaiblissement du Liban. Le succès du gouvernement libanais dans le démantèlement du Hezbollah et l'affirmation de son autorité dans tout le pays constitue la première et la plus importante étape vers le renforcement et la reconstruction de l'État. Outre la pression internationale, des efforts considérables sont également déployés pour renforcer l'État et l'armée libanais. Par exemple, lors de discussions tenues au Liban le 18 août, l’émissaire américain Tom Barrack et ’envoyée spéciale américaine Morgan Ortagus ont présenté des incitations économiques, des investissements internationaux et même une coopération indirecte avec Israël afin de mettre en œuvre une stratégie économico-politique et pas seulement sécuritaire.
La guerre a créé des conditions qui permettent au gouvernement libanais d'agir contre le Hezbollah : l'atteinte aux capacités militaires, économiques et politiques de l'organisation ; l'affaiblissement de l'Iran et de l'axe chiite ; la chute du régime d'Assad et la perte du corridor syrien ; ainsi que le soutien américain et international au gouvernement libanais. Il est clair que le désarmement du Hezbollah est un processus complexe dont les chances de succès sont plus faibles que ses chances d'échec. Le Hezbollah ne renoncera pas volontairement à ses armes, et il est probable que l'armée libanaise sera contrainte de l'affronter si elle tente sérieusement de le démanteler (contrairement à ce qui se passe aujourd'hui).