« La terre est faite de provinces de mémoire et de cercles d’espérance, et leurs habitants se mêlent les uns aux autres », écrivait Yehouda Amichaï. En cette période de Yom Kippour, ces mots résonnent plus fort que jamais : les enfants de ceux qui ont combattu en 1973 sont aujourd’hui eux-mêmes sur la ligne de front, écrivant leur propre chapitre.
Transmission au combat : la lignée du “Tiger”
Uri, ancien commandant de char de la 7ᵉ brigade blindée pendant la guerre de Kippour, se souvient d’un épisode décisif : l’embuscade du « groupe Tiger » sur le plateau du Golan. Son unité avait détruit près de 60 chars et blindés syriens et repoussé leur progression vers Quneitra. Sa compagnie fut la seule à terminer la bataille sans pertes humaines, portée par la discipline, la préparation et l’exigence de leur chef.
Aujourd’hui, son petit-fils, T., sert comme sergent au sein du 932ᵉ bataillon de la brigade Nahal. Recruté à l’été 2023, il entre immédiatement en guerre. Dans la bande de Gaza, il applique les principes transmis par son grand-père : équipement prêt, discipline, réactivité. Lorsque les décisions de commandement deviennent complexes, il lui écrit directement. Ensemble, ils discutent tactique, éthique et commandement. Dans son sac, T. emporte même le livre rédigé par son grand-père, « Tiger, position 1 », décrivant les collines mêmes où il se trouve aujourd’hui : « Lire ses mots dans le paysage où je combats, c’est indescriptible. »
Le char d’hier, le génie d’aujourd’hui
Zvi, ancien tankiste de la brigade 188 en 1973, n’était pas destiné aux blindés. Il a quitté l’infanterie mécanisée au début de la guerre pour rejoindre un char en pleine bataille, avant de devenir chef d’équipage. Aujourd’hui, son petit-fils Y., sergent et infirmier au sein du bataillon du génie de combat 605 — toujours sous la même brigade 188 — sert à Gaza et au Liban.
Lorsqu’il rentre à la maison pour un Shabbat en famille, les récits s’échangent autour de la table. « J’ai grandi avec ses histoires. Si je suis au combat, c’est grâce à lui », confie le petit-fils. Un soir, rappelé en urgence en pleine réunion familiale, il dit avoir ressenti la même secousse que son grand-père, appelé depuis la synagogue en 73. Zvi, presque 80 ans, confie : « Je m’inquiète pour lui, mais je suis fier. Quand il raconte ce qu’il vit, je me sens encore dans l’histoire. »
