Libéré en octobre dernier après près de deux ans de captivité à Gaza, Segev Kalfon a vivement dénoncé, mercredi, l’absence de soutien de l’État israélien depuis son retour, lors d’une interview accordée à la radio publique KAN Reshet Bet.
« Un combat pour obtenir ce qui m’est dû »
« Je suis revenu à la vie, et j’en remercie Dieu. La guerre contre le Hamas est derrière moi, mais aujourd’hui je mène une autre guerre : une guerre intérieure, un combat pour obtenir ce qui m’est dû. Et même là, personne ne me tend la main. Alors je continue à me battre, encore et encore », confie l’ancien otage.
Il évoque notamment les lourdeurs et blocages administratifs auxquels il est confronté. « Je ne veux pas faire de politique, mais tout semble fait pour nous retirer nos droits, y compris la reconnaissance de notre invalidité à 100 %. »
Avec amertume, il ajoute : « Même quelqu’un qui n’a passé qu’une seule journée en captivité mériterait de passer le reste de sa vie tranquillement sur une plage, quelque part au Mexique, avec tout pris en charge par l’État. Les décideurs ne comprennent rien. Ils n’ont jamais vu ce qu’est une seule journée à Gaza, ils n’ont aucune idée de ce que nous avons traversé. »
« Parfois, je suis assis dans ma voiture, je regarde autour de moi et je me dis : “Quelle chance ont ces gens de mener une vie normale.” Ils ne peuvent pas imaginer ce que j’ai vécu. Et moi-même, j’ai encore du mal à y croire. »
De sévères critiques contre la poursuite de la guerre
Segev Kalfon s’en prend également au gouvernement, l'accusant d'avoir prolongé la guerre pour des motifs politiques. et à leur décision de poursuivre la guerre après le 7 octobre.
« S’ils m’avaient libéré, ils auraient dû arrêter la guerre. Mais ils ne l’ont pas fait, parce qu’ils ont choisi de faire passer la guerre avant les vies humaines », accuse-t-il.
Il vise aussi directement les partis religieux au pouvoir. « Où est passé le principe du “rachat des captifs” ? Vous êtes un gouvernement de droite ! Où sont les religieux à la Knesset ? Où sont tous ces hypocrites ? Tout à coup, la Torah disparaît, et il ne reste plus qu’une obsession : éliminer le Hamas, quitte à nous sacrifier avec lui. »
L’ancien otage affirme avoir été exposé à de nombreux bombardements israéliens à proximité de son lieu de détention. « Ils ont bombardé l’endroit où j’étais encore et encore. J’en suis arrivé à me dire que, si je ne mourais pas entre leurs mains, je risquais d’être tué par erreur par nos propres soldats. »
« J’ai été extrait des décombres à deux reprises. Ils ont bombardé huit ou neuf fois. À un moment, j’en suis venu à penser que me cacher dans un tunnel était la seule façon de me protéger », a-t-il poursuivi.
Il met particulièrement en cause le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. « Je n’ai pas honte de le dire : j’ai frôlé la mort plusieurs fois. J’étais battu à cause de lui, uniquement à cause de ses déclarations. On nous disait clairement que c’était en représailles à ses propos. »
« Ils nous montraient ensuite des vidéos de prisonniers palestiniens en Israël. Que pouvions-nous répondre dans une situation pareille ? », a encore dit Segev Kalfon, faisant référence à des déclarations de ben Gvir qui avait affirmé en pleine guerre avoir durci les conditions de détention des prisonniers palestiniens.
L’enfer des tunnels, entre désespoir et survie
Kalfon décrit les presque deux années passées dans les tunnels de Gaza comme un véritable calvaire. « J’ai perdu espoir à plusieurs reprises, surtout durant la première année et les quatre mois qui ont suivi. »