Culture

Red Alert, une série qui raconte une histoire essentielle au monde

Interview exclusive de l'actrice Rotem Sela.

7 minutes
16 janvier 2026

ParGuitel Benishay

Red Alert, une série qui raconte une histoire essentielle au monde
Photo by Noam Revkin Fenton/Flash90

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Interview parue dans AJ Mag Décembre 2025 et réalisée par Nathalie Hamou

Depuis la libération, le 13 octobre, des derniers otages vivants, Rotem Sela, comme la plupart de ses compatriotes, respire de nouveau. Mais pour la comédienne israélienne, figure incontournable du petit écran, ce grand moment d’émotion s’est doublé d’une expérience inoubliable. Rotem Sela joue en effet dans la nouvelle série télévisée israélienne Or Richone (Red Alert), consacrée aux histoires héroïques du 7 octobre 2023. Dans cette fiction en quatre épisodes, diffusée dès le 5 octobre dernier en Israël sur Keshet 12 et à l’international sur Paramount +, elle incarne l’un des rôles les plus bouleversants de sa carrière : celui de Batsheva Yahalomi, une Franco-Israélienne du kibboutz Nir Oz, dont le fils Ethan, 12 ans, a été enlevé par le Hamas, tandis que son mari Ohad est mort en captivité. Ce samedi de Sim'hat Torah, la jeune femme a réussi à fuir l’enfer avec ses deux filles. Or Richone est une histoire de survie et de courage inspirée de faits réels.

Actrice phare, présentatrice de l’émission télévisée et du concours de chant HaKokhav Haba, Rotem Sela n’a pas hésité à varier les registres. La carrière de cette mère de trois enfants, née il y a 43 ans dans la région de Haïfa, s’ancre dans un répertoire de séries télévisées divertissantes telles que Beauty and the Beast ou Bloody Murray (diffusée sur Yes et Arte sous le titre Dana & Murray). En 2023, elle a joué aux côtés de l’acteur Yehouda Levi dans A Body That Works, une série dramatique sur la maternité de substitution diffusée sur Keshet 12 et distribuée à l'international par Netflix, pour laquelle Rotem Sela a remporté le prix de la meilleure actrice pour une série internationale lors du festival Séries Mania en France. La comédienne a décidé de surprendre en incarnant une femme complexe, une survivante, dans le film d’Erez Tadmor Soda, sorti en Israël en début d’année, aux côtés de Lior Raz, l’acteur et le cocréateur de la série Fauda. Les deux comédiens, amis dans la vie, ont travaillé ensemble sur un autre projet : Off Road, une série diffusée sur Netflix, qui embarque le public à bord d’un 4×4 à travers le Kirghizistan et le Kazakhstan. « La plus grande leçon de ce voyage, c’est la puissance incomparable de l’amitié », ont-ils fait valoir. Rencontre avec une actrice engagée qui n’a jamais cessé de croire au pouvoir du récit, de l’art et de la culture, même dans les heures les plus sombres.

 

AJ MAG : Comment s’est déroulé le tournage de Red Alert ? Comment avez-vous vécu cette période et comment cela a-t-il influencé votre approche du rôle de Batsheva Yahalomi ?

Rotem Sela : Le tournage de la série a eu lieu pendant une période extrêmement dure sur le plan émotionnel, alors que des otages israéliens se trouvaient encore à Gaza et que la guerre se poursuivait. Ce n’était pas facile. Mais je crois que nous avons tous ressenti que nous ne tournions pas une série ordinaire – nous participions à quelque chose de plus grand. C’est pourquoi l’atmosphère sur le plateau était si empreinte de sensibilité et de compassion. Les véritables personnes dont nous racontions l’histoire venaient souvent sur le tournage et leur présence nous donnait la force de continuer. Chaque fois que Batsheva venait sur le plateau, cela me rappelait que je racontais au monde une histoire essentielle et que ce rôle était très important, porteur de sens.

 

La diffusion des quatre parties de Red Alert, à partir du 4 octobre dernier, a coïncidé avec la libération des derniers otages vivants…

Oui, la libération des otages a eu lieu en même temps que la diffusion de la série. Je pense que le timing était parfait – comme une clôture. La série raconte l’histoire profondément douloureuse du 7 octobre ; et pendant sa diffusion, nous avons assisté à la libération des derniers otages. C’était une période d’une exceptionnelle intensité émotionnelle.

 

Début 2025, on vous a découverte dans la peau d’une survivante de la Shoah dans le film Soda, d’Erez Tadmor. Cette période de la Shoah vous concerne particulièrement…

Interpréter le rôle d’Eva dans Soda a été pour moi une mission. Ma grand-mère est elle-même une rescapée de la Shoah, et j’ai senti que c’était un film important. Beaucoup de films ont été réalisés sur la Shoah, mais il est rare d’en trouver un qui dépeigne spécifiquement la complexité de la vie des survivants en Israël dans les années qui ont suivi. Pour mieux comprendre, j’ai eu des conversations avec des petits-enfants de femmes qui ont été kapos pendant la Shoah et j’ai découvert toute la complexité qu’implique l’arrivée en Israël avec un tel fardeau.

 

De nombreux films israéliens abordent le thème de la maternité – tels Halisa, de Sophie Artus, ou The Milky way, de Maya Kenig. Ce sujet était au cœur de la série A Body That Works, dans laquelle vous avez joué. Comment voyez-vous votre rôle dans l’agenda féministe ?

Ces derniers mois ont en effet vu émerger une vague de séries et de films israéliens qui explorent en profondeur les thèmes de la maternité, de l’identité et de l’expérience féminine. Je pense que A Body That Works a vraiment touché un nerf sensible, parce qu’il osait poser des questions dérangeantes sur ce que signifie être mère et sur qui a le droit de définir cela. Jouer Elie a été un voyage émotionnellement intense et complexe, et j’ai ressenti une immense responsabilité en incarnant une femme prise entre fertilité, ambition et vulnérabilité.

Je crois que la narration est un puissant outil de changement. Quand on place les expériences, les luttes et les choix des femmes au centre du récit, on fait avancer le débat. Je suis fière de participer à des projets qui donnent la parole aux femmes, portent des voix multiples et nuancées, et remettent en question les attentes sociales. Pour moi, cela fait partie du mouvement féministe : créer un espace pour l’honnêteté, la complexité et l’empathie.

 

On vous a entendu dire un texte dans Superman, le dernier album du chanteur et acteur de Fauda, Idan Amedi. Quelle est la liste de vos envies ? Le théâtre ou la chanson sont-ils des aventures qui vous tenteraient ?

La chanson ou le théâtre ne sont pas ma priorité pour le moment. J’essaie de choisir des projets de cinéma et de télévision qui me posent des défis, auxquels je crois en termes d’impact – et, bien sûr, que je prends plaisir à intégrer.

 

Vous avez également joué à deux reprises avec l’acteur Lior Raz, dans A Body That Works et Soda – comptez-vous travailler ensemble sur de nouveaux projets ?

Lior Raz est l'un de mes plus proches amis et je suis reconnaissante de chaque opportunité de collaborer avec lui. Nous travaillons ensemble sur plusieurs projets qui nous passionnent tous les deux. Nous sommes ainsi à l’affiche de Off Road, un road trip en six épisodes, que nous avons créé et produit avec Avi Issacharoff, le coauteur de Fauda. Cette série de téléréalité qui se déroule à travers l'Asie centrale est disponible sur Netflix depuis le début du mois de juillet.

 

Confirmez-vous que les Israéliens ont encore envie de se divertir avec des fictions ?

En Israël, ces deux dernières années, la plupart de l’attention s’est portée sur la guerre. Mais nous avons bien sûr aussi besoin de moments de respiration pour pouvoir continuer à faire face à la réalité complexe dans laquelle nous vivons. Je pense que les Israéliens aiment la bonne télévision, le cinéma ou le théâtre, et qu’ils savent les apprécier. La culture est une partie très importante de notre vie ici, en tant qu’Israéliens.

 

Interview parue dans AJ Mag Décembre 2025 et réalisée par Nathalie Hamou

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