Un tel conflit pourrait, selon Ankara, provoquer un afflux massif de réfugiés iraniens vers la Turquie et renforcer, dans le même temps, le statut régional d’Israël, un scénario jugé contraire aux intérêts stratégiques turcs. Toujours selon ces sources, Erdogan souhaiterait même préserver une forme de menace iranienne pesant sur Israël, perçue comme un facteur d’équilibre régional.
Avec l’aval de Donald Trump, le président turc a chargé son ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, de mener des discussions avec l’ensemble des acteurs impliqués. Cette initiative bénéficie du soutien de plusieurs pays du Golfe, dont l’Arabie saoudite, Oman et le Qatar.
Dans ce contexte, Hakan Fidan a adressé, le 29 janvier, un message indirect à Israël lors d’un entretien accordé à la chaîne Al-Jazeera. Il a indiqué que la Turquie envisagerait une reprise des relations commerciales avec Israël uniquement après la fin totale des combats dans la bande de Gaza et la poursuite de l’entrée de l’aide humanitaire. Interrogé sur une éventuelle normalisation des relations bilatérales, le chef de la diplomatie turque a déclaré : « Dès que nous sommes entrés dans l’épisode actuel des relations entre la Turquie et Israël et que nous avons interrompu les échanges commerciaux, nous avons clairement indiqué que tant que la guerre se poursuivrait et qu’aucune autorisation ne serait donnée pour l’entrée de l’aide humanitaire, le commerce ne reprendrait pas. Cela montre que notre problème n’est pas Israël en tant que tel, mais sa politique, en particulier envers les Palestiniens et l’approche actuelle de destruction à Gaza. Le boycott n’est pas structurel, il est conditionnel. »
À Jérusalem, des sources politiques estiment qu’Erdogan aurait répondu à une demande de Donald Trump visant à réduire les tensions entre la Turquie et Israël. Cette démarche s’inscrirait dans un contexte plus large, marqué par l’opposition israélienne à une implication directe de la Turquie dans la bande de Gaza et par la volonté américaine de promouvoir un accord sécuritaire entre Israël et la Syrie. Cette évolution intervient alors que la Syrie est devenue, aux yeux d’Israël, le principal relais de l’influence turque au Moyen-Orient, à la suite de la chute du régime Assad et de l’arrivée au pouvoir d’Ahmad al-Charaa.
Les mêmes sources soulignent toutefois que ces signaux restent essentiellement symboliques et insuffisants pour dissiper la profonde méfiance entre les deux pays ou résoudre la crise bilatérale. En Israël, la Turquie est perçue comme une rivale régionale de premier plan. Si les relations diplomatiques formelles sont maintenues, la dynamique générale demeure celle d’une escalade progressive.
Cette dégradation s’explique, selon Jérusalem, par plusieurs facteurs : les ambitions expansionnistes d’Erdogan, son soutien affiché au Hamas, ses efforts pour établir une présence militaire durable en Syrie - y compris par la création de bases - afin de renforcer l’isolement stratégique d’Israël, ainsi que son hostilité personnelle envers le Premier ministre Benyamin Netanyahu, qualifié par le président turc, en pleine guerre, de « pire qu’Hitler ».