Interview réalisée par Emmanuelle Adda pour AJ Mag janvier 2026
Depuis les événements tragiques du 7 octobre 2023, le public francophone israélien suit avec attention les prestations journalistiques de Laurence Ferrari sur CNews, Europe 1 et Le JDNews. Elle s’est engagée publiquement et avec détermination, à chaque fois avec les mots justes, contre l’antisémitisme et en faveur d’Israël dans son combat contre le terrorisme islamiste. Elle n’a pas hésité une seconde à accorder une interview à AJ MAG, témoignant là encore une fois de sa liberté de parole.
AJ MAG : Quelles valeurs vous guident lorsque vous vous exprimez publiquement ?
Laurence Ferrari : D’abord, je vous remercie pour cet entretien qui m’honore, et je remercie aussi vos lecteurs pour leurs nombreux témoignages de soutien et d’amitié. J’ai vécu en tant que journaliste, en tant que femme, mère de famille et citoyenne française un véritable basculement le 7 octobre 2023 en voyant l’horreur islamiste se déchaîner en Israël sur des hommes, des femmes et des enfants qui avaient le simple tort, aux yeux des terroristes du Hamas, d’être des Juifs. Cela m’a été intolérable et c’est au nom de l’humanité qui m’anime dans chaque acte de ma vie que j’ai décidé de prendre la parole publiquement dès le premier instant, dans mes émissions sur Cnews et Europe 1, ainsi que dans Le JDNews et Le JDD. Il m’était impossible de me taire car j’estime qu’il est de mon devoir de dénoncer la barbarie et de prendre la défense de ceux qui ont été si violemment attaqués. Les valeurs qui m’animent sont simples, elles me viennent de mon éducation et de mon enfance : être honnête, loyale, et savoir reconnaître et dénoncer l’injustice. J’ai essayé de transmettre ces mêmes valeurs à mes trois enfants.
Pourquoi avez-vous choisi de vous exprimer publiquement sur l’antisémitisme ?
Parce que j’ai vu dès le 8 octobre se mettre en place une gigantesque manœuvre de négation des horreurs – parmi lesquelles l’insoutenable mort d’enfants – qui se sont déroulées en Israël : relativisme des massacres, négation du droit d’Israël à se défendre, nazification de ceux qui tentent de rapporter la réalité des faits, et détournement total du mot « génocide » qui est désormais si souvent utilisé par des jeunes qui n’en comprennent même pas le sens. Tout cela m’est insupportable. La lutte contre l’antisémitisme est une cause majeure à mes yeux. Je le combattrai de toutes mes forces jusqu’à la fin de mes jours. C’est le mal des maux.
Il fallait et il faut du courage et de la détermination pour aller à contrecourant de la pensée ambiante, de l’antisionisme virulent, de l’antisémitisme qui n’a plus honte de s’exprimer. Avez-vous pris en compte les risques que cela comportait ? Avez-vous été soutenue ?
J’avoue ne pas m’être posé la question du risque encouru. Il y a des moments, dans la vie, où il faut être au rendez-vous de ses convictions et avoir le courage de les assumer publiquement ; c’est une question d’honneur et d’intégrité. J’ai reçu d’innombrables menaces et j’ai été très soutenue par le groupe dans lequel je travaille, à la fois sur CNews, Europe 1 et Le JDD. Nous avons tous compris que c’était une guerre de civilisation qui se jouait là et que c’était toute la civilisation judéo-chrétienne qui était visée. Jamais je ne renoncerai à mes valeurs.
Avez-vous le sentiment qu’en France, le traitement médiatique de l’antisémitisme est à la hauteur des enjeux actuels ?
Nous avons été bien peu nombreux à comprendre la portée symbolique des attaques du 7 octobre. J’ai été la seule à égrener chaque soir les noms des otages français détenus par le Hamas – toutes les télévisions auraient dû le faire. La plupart de mes confères sont timorés sur ces sujets essentiels ; et le paravent de la « neutralité » ne masque pas la lâcheté ambiante. Mais il y a eu des courageux, comme Pascal Praud, Olivier Benkemoun, Yoann Usaie ou Eliot Deval qui, comme moi, ont porté cette parole claire et forte.
On a pu voir votre émotion lorsque vous avez évoqué à l’antenne le sort des enfants israéliens otages du Hamas ou lorsque vous avez rendu hommage aux victimes du 7 octobre. Comment conciliez-vous votre parole publique et votre propre sensibilité personnelle face à des sujets émotionnellement chargés ?
Être journaliste ne veut pas dire être coupé de ses émotions. Il faut garder sa capacité à s’émouvoir face aux malheurs du monde, conserver son empathie mais aussi sa lucidité sur ce qui est à l’œuvre aujourd’hui dans tout l’Occident. La mère de famille que je suis ne s’efface pas derrière la professionnelle. Elle imagine la douleur de ceux qui perdent leurs enfants et leurs proches dans de telles tragédies. Elle compatit, mais elle analyse aussi les mouvements de la société et elle dit son indignation lorsque cela est nécessaire.
Qu’est-ce qui a motivé votre engagement en faveur de la communauté juive de France et en faveur d’Israël ?
Une simple question d’humanité. Être citoyenne française n’est pas un vain mot. C’est respecter tous ceux qui font partie de notre nation, qui l’aiment, et donc cela veut dire les défendre face à toutes les formes d’injustice.