Tribune

Laurence Ferrari: ''Je me tiendrai toujours à vos côtés''

Interview exclusive d'une journaliste engagée publiquement et avec détermination contre l'antisémitisme et pour Israël.

7 minutes
2 février 2026

ParGuitel Benishay

Laurence Ferrari: ''Je me tiendrai toujours à vos côtés''
Photo: Augustin Detienne / CNews

Désolé, votre navigateur ne supporte pas la synthèse vocale.

Interview réalisée par Emmanuelle Adda pour AJ Mag janvier 2026

Depuis les événements tragiques du 7 octobre 2023, le public francophone israélien suit avec attention les prestations journalistiques de Laurence Ferrari sur CNews, Europe 1 et Le JDNews. Elle s’est engagée publiquement et avec détermination, à chaque fois avec les mots justes, contre l’antisémitisme et en faveur d’Israël dans son combat contre le terrorisme islamiste. Elle n’a pas hésité une seconde à accorder une interview à AJ MAG, témoignant là encore une fois de sa liberté de parole.

 

AJ MAG : Quelles valeurs vous guident lorsque vous vous exprimez publiquement ?

Laurence Ferrari : D’abord, je vous remercie pour cet entretien qui m’honore, et je remercie aussi vos lecteurs pour leurs nombreux témoignages de soutien et d’amitié. J’ai vécu en tant que journaliste, en tant que femme, mère de famille et citoyenne française un véritable basculement le 7 octobre 2023 en voyant l’horreur islamiste se déchaîner en Israël sur des hommes, des femmes et des enfants qui avaient le simple tort, aux yeux des terroristes du Hamas, d’être des Juifs. Cela m’a été intolérable et c’est au nom de l’humanité qui m’anime dans chaque acte de ma vie que j’ai décidé de prendre la parole publiquement dès le premier instant, dans mes émissions sur Cnews et Europe 1, ainsi que dans Le JDNews et Le JDD. Il m’était impossible de me taire car j’estime qu’il est de mon devoir de dénoncer la barbarie et de prendre la défense de ceux qui ont été si violemment attaqués. Les valeurs qui m’animent sont simples, elles me viennent de mon éducation et de mon enfance : être honnête, loyale, et savoir reconnaître et dénoncer l’injustice. J’ai essayé de transmettre ces mêmes valeurs à mes trois enfants.

 

Pourquoi avez-vous choisi de vous exprimer publiquement sur l’antisémitisme ?

Parce que j’ai vu dès le 8 octobre se mettre en place une gigantesque manœuvre de négation des horreurs – parmi lesquelles l’insoutenable mort d’enfants – qui se sont déroulées en Israël : relativisme des massacres, négation du droit d’Israël à se défendre, nazification de ceux qui tentent de rapporter la réalité des faits, et détournement total du mot « génocide » qui est désormais si souvent utilisé par des jeunes qui n’en comprennent même pas le sens. Tout cela m’est insupportable. La lutte contre l’antisémitisme est une cause majeure à mes yeux. Je le combattrai de toutes mes forces jusqu’à la fin de mes jours. C’est le mal des maux.

 

Il fallait et il faut du courage et de la détermination pour aller à contrecourant de la pensée ambiante, de l’antisionisme virulent, de l’antisémitisme qui n’a plus honte de s’exprimer. Avez-vous pris en compte les risques que cela comportait ? Avez-vous été soutenue ?

J’avoue ne pas m’être posé la question du risque encouru. Il y a des moments, dans la vie, où il faut être au rendez-vous de ses convictions et avoir le courage de les assumer publiquement ; c’est une question d’honneur et d’intégrité. J’ai reçu d’innombrables menaces et j’ai été très soutenue par le groupe dans lequel je travaille, à la fois sur CNews, Europe 1 et Le JDD. Nous avons tous compris que c’était une guerre de civilisation qui se jouait là et que c’était toute la civilisation judéo-chrétienne qui était visée. Jamais je ne renoncerai à mes valeurs.

 

Avez-vous le sentiment qu’en France, le traitement médiatique de l’antisémitisme est à la hauteur des enjeux actuels ?

Nous avons été bien peu nombreux à comprendre la portée symbolique des attaques du 7 octobre. J’ai été la seule à égrener chaque soir les noms des otages français détenus par le Hamas – toutes les télévisions auraient dû le faire. La plupart de mes confères sont timorés sur ces sujets essentiels ; et le paravent de la « neutralité » ne masque pas la lâcheté ambiante. Mais il y a eu des courageux, comme Pascal Praud, Olivier Benkemoun, Yoann Usaie ou Eliot Deval qui, comme moi, ont porté cette parole claire et forte.

 

On a pu voir votre émotion lorsque vous avez évoqué à l’antenne le sort des enfants israéliens otages du Hamas ou lorsque vous avez rendu hommage aux victimes du 7 octobre. Comment conciliez-vous votre parole publique et votre propre sensibilité personnelle face à des sujets émotionnellement chargés ?

Être journaliste ne veut pas dire être coupé de ses émotions. Il faut garder sa capacité à s’émouvoir face aux malheurs du monde, conserver son empathie mais aussi sa lucidité sur ce qui est à l’œuvre aujourd’hui dans tout l’Occident. La mère de famille que je suis ne s’efface pas derrière la professionnelle. Elle imagine la douleur de ceux qui perdent leurs enfants et leurs proches dans de telles tragédies. Elle compatit, mais elle analyse aussi les mouvements de la société et elle dit son indignation lorsque cela est nécessaire.

 

Qu’est-ce qui a motivé votre engagement en faveur de la communauté juive de France et en faveur d’Israël ?

Une simple question d’humanité. Être citoyenne française n’est pas un vain mot. C’est respecter tous ceux qui font partie de notre nation, qui l’aiment, et donc cela veut dire les défendre face à toutes les formes d’injustice.

 

Y a-t-il un événement, une rencontre ou une histoire qui vous a particulièrement touchée dans votre engagement contre l’antisémitisme et pour Israël ?

Je suis née à Aix-les-Bains où se trouve, je crois, l’une des plus grandes écoles talmudiques d’Europe. J’ai toujours vécu en harmonie avec toutes les communautés et notamment avec la communauté juive. Mes parents, fils d’immigrés italiens, m’ont enseigné l’ouverture aux autres et l’amour de la France. Eux-mêmes, et surtout leurs parents qui ont quitté l’Italie pour fuir le fascisme, ont été victimes de racisme, d’ostracisation. C’est sans doute ce qui me rend allergique à la moindre injustice !

 

Quelles réactions du public – positives ou négatives – vos prises de position vous ont-elles values ?

Je ne lis rien de ce qui circule me concernant sur les réseaux sociaux, ce qui me protège fort heureusement. Mais ce qui me touche infiniment, c’est la réaction de ceux que je croise dans la rue et qui me remercient pour mes prises de position. Chaque rencontre, chaque merci, chaque sourire me touche au plus profond de mon être. J’ai les larmes aux yeux en évoquant ces multiples et chaleureux témoignages qui ponctuent mon quotidien comme des petites lumières.

 

Le Premier ministre israélien vous a accordé une longue interview en octobre 2024, ce qui est une marque de confiance de sa part. Quelles ont été les réactions de vos collègues des médias ou même des politiques à cet entretien ? Cela a-t-il eu des répercussions sur votre carrière ?

Cet entretien était important à réaliser pour notre chaîne CNews. J’ai pu le mener en toute liberté et le Premier ministre israélien a répondu à toutes mes questions, même celles qui pouvaient lui déplaire. Peu m’importe la réaction de mes confères. En revanche, à mon retour à Paris, j’ai reçu de nombreuses menaces de mort qui ont été surveillées de près par le ministère de l’Intérieur – heureusement, sans aboutir à ce que je sois mise sous protection policière. J’ai l’habitude de ces menaces. Rien ne m’empêchera de faire mon métier.

 

Qu’aimeriez-vous que le public retienne de votre engagement ?

Qu’il est sincère, profond et durable. Je me tiendrai toujours à vos côtés.

 

Propos recueillis par Emmanuelle Adda pour AJ Mag janvier 2026

 

Bio express

Laurence Ferrari, née le 5 juillet 1966 à Aix-les-Bains (Savoie), est une journaliste et animatrice de télévision française. Présentatrice du Journal de 20 heures sur TF1, elle a aussi animé des émissions politiques et de société sur Canal+, Le Grand 8 et Punchline sur D8, et Tirs croisés sur I-Télé. Depuis janvier 2018, elle anime les émissions politiques Punchline sur CNews et Le Grand rendez-vous, en partenariat avec Europe 1. Elle anime également La Playlist CNews. Et depuis septembre 2022, elle est rédactrice en chef politique de Paris Match.

 

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER QUOTIDIENNE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI : https://israj.media-j.com/newsletter

POUR RECEVOIR NOS INFORMATIONS EN DIRECT SUR WHATSAPP CLIQUEZ ICI http://tiny.cc/IsrajInfoIsrael

ActuJ