En pleine impasse politique en Irak, l’administration américaine renforce son dispositif diplomatique. Le ministre irakien des Affaires étrangères, Fouad Hussein, a confirmé dans un entretien à la chaîne Kurdistan 24 que Tom Barrack, émissaire du président américain Donald Trump pour la Syrie et le Liban, a officiellement reçu la responsabilité du dossier irakien. Barrack remplace Mark Sabaya, jusqu’ici envoyé spécial des États-Unis en Irak. Samedi dernier, l’agence Reuters avait rapporté que l’administration Trump avait décidé de mettre fin à ses fonctions. Selon des sources concordantes, ce remplacement s’inscrit dans le cadre d’une réévaluation interne des performances diplomatiques américaines dans la région.
D’après un rapport publié par le quotidien pro-qatari Al-Araby Al-Jadeed, citant trois sources gouvernementales à Bagdad, Tom Barrack a déjà entamé une série de consultations intensives avec de hauts responsables irakiens. Il a notamment rencontré le Premier ministre Mohammad Shia al-Sudani ainsi que le leader du Parti démocratique du Kurdistan, Massoud Barzani, afin de transmettre des messages directs de Washington. Toujours selon ces sources, l’éviction de Sabaya découle d’une évaluation interne de l’administration Trump. Là où Sabaya était perçu comme relativement modéré, Tom Barrack est décrit par des proches du pouvoir irakien comme une figure nettement plus dure, en particulier sur les dossiers liés à l’Iran et aux milices armées pro-iraniennes actives dans le pays.
Reuters souligne que Washington voit en Barrack un diplomate chevronné, doté d’une connaissance approfondie du Moyen-Orient, capable de faire avancer plusieurs objectifs stratégiques américains en Irak : contenir l’influence des milices pro-iraniennes, enrayer les circuits de contrebande de dollars depuis l’Irak vers l’Iran et lutter contre la corruption endémique au sein des institutions irakiennes.
Cette nomination intervient alors que Bagdad traverse une crise politique profonde. Le Parlement irakien a de nouveau échoué à élire un président, une impasse qui empêche la désignation d’un Premier ministre consensuel et la formation d’un nouveau gouvernement. Au cœur des tensions figure la candidature de Nouri al-Maliki, farouchement rejetée par les États-Unis et associée à la ligne pro-iranienne.
Des sources au sein du ministère irakien des Affaires étrangères ont indiqué à Al-Araby Al-Jadeed que le message transmis par Tom Barrack lors de ses entretiens récents était sans ambiguïté : les États-Unis pourraient imposer de lourdes sanctions économiques et diplomatiques à l’Irak si le prochain gouvernement était dirigé par des figures perçues comme hostiles aux intérêts américains.
En Irak, la décision de confier à Barrack la gestion simultanée des dossiers irakien, syrien et libanais est interprétée comme un signal stratégique clair. Le commentateur politique irakien Ahmad al-Naïmi estime que Washington considère désormais l’Irak comme une composante centrale de l’architecture régionale, et non plus comme un théâtre isolé. Selon lui, cette approche devrait se maintenir au moins jusqu’à la fin des trois années restantes du mandat de Donald Trump.
Al-Naïmi ajoute que la majorité des responsables politiques irakiens sont conscients des risques qu’impliquerait une confrontation avec l’administration américaine actuelle, dont la ligne diffère sensiblement de celle de ses prédécesseurs depuis 2003. Le principe de rejet des ingérences étrangères, souligne-t-il, ne peut servir de prétexte pour ignorer les équilibres régionaux et internationaux concernant la transition du pouvoir et l’identité de la future direction du pays, d’autant plus que le passé politique de Nouri al-Maliki a suscité de fortes réserves, tant à l’étranger qu’au sein même de l’Irak.
À Jérusalem, l’évolution de la situation en Irak est observée avec une attention particulière. L’Irak constitue aujourd’hui un maillon clé de l’axe d’influence iranien, servant à la fois de zone de transit logistique, de base arrière pour les milices chiites et de plateforme de projection stratégique contre Israël et les intérêts américains dans la région.
Un durcissement de la politique américaine à Bagdad, notamment à l’égard des milices pro-iraniennes et des flux financiers vers Téhéran, pourrait affaiblir l’Iran sur un front indirect mais crucial. À l’inverse, l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement irakien ouvertement aligné sur l’Iran renforcerait la profondeur stratégique de Téhéran et compliquerait davantage l’équation sécuritaire régionale.
Pour Israël, le choix de confier à un même émissaire les dossiers irakien, syrien et libanais n’est pas anodin. Il suggère une lecture américaine unifiée de l’arc d’influence iranien, de l’Irak au Liban en passant par la Syrie. Une approche que Jérusalem appelle de ses vœux depuis des années, convaincue que ces théâtres ne peuvent être traités séparément.
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