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Turquie : vers un axe sunnite régional face à Israël ?

Jérusalem suit avec attention l’ascension régionale et internationale de la Turquie, portée par le soutien affiché du président américain Donald Trump et par l’ambition déclarée d’Ankara de devenir une puissance incontournable au Moyen-Orientm en toile de fond, une question sensible : la tentation nucléaire.

4 minutes
15 février 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Turquie : vers un axe sunnite régional face à Israël ?
Son objectif : fédérer le monde sunnite, photo: www.kremlin.ru

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Le président turc Recep Tayyip Erdogan avait déjà évoqué le sujet en septembre 2019, lors d’un congrès de son parti, l’AKP. Il dénonçait alors une « équation injuste » autorisant certaines grandes puissances à détenir l’arme nucléaire tout en l’interdisant à la Turquie. Citant explicitement Israël, il soulignait que la capacité nucléaire attribuée à l’État hébreu constituait un facteur de dissuasion régional.

La semaine dernière, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré sur CNN que son pays « envisageait » la possibilité de rejoindre la course nucléaire régionale. Il a toutefois précisé qu’Ankara restait signataire du Traité de non-prolifération et ne disposait pas, à ce stade, d’un programme militaire nucléaire. La Turquie poursuit en parallèle la construction de sa première centrale nucléaire civile à Akkuyu, en coopération avec la Russie, et prévoit d’autres projets énergétiques.

Selon des sources sécuritaires israéliennes, Recep Tayyip Erdogan cherche à consolider une sphère d’influence encerclant Israël. Son objectif serait de fédérer le monde sunnite, y compris d’anciens rivaux comme l’Égypte, afin d’orienter les coopérations régionales dans un sens défavorable à l’État hébreu. Dans cette lecture stratégique, Ankara ambitionnerait de substituer à la « muraille iranienne » une barrière diplomatique sunnite unifiée, susceptible d’isoler Israël sur la scène régionale. La Turquie déploie déjà une présence active en Afrique du Nord et dans la Corne de l’Afrique, de la Libye à la Somalie en passant par le Soudan. La question de la mer Rouge devient centrale. Ankara, Le Caire et Riyad observent avec inquiétude les initiatives israéliennes dans la région, notamment autour du Somaliland, et coordonnent certaines positions afin de limiter la liberté d’action stratégique d’Israël sur cet axe maritime vital.

Dans plusieurs capitales du Moyen-Orient, l’affaiblissement progressif de l’Iran est perçu comme une tendance durable. Depuis l’affrontement de douze jours en juin dernier, Téhéran a vu son influence s’éroder en Syrie, au Liban et dans la bande de Gaza, sur fond de crise économique profonde et de sanctions américaines persistantes. Un recul aui ouvre un espace que plusieurs puissances sunnites cherchent à occuper. Une coordination plus étroite se dessine entre l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Égypte, le Qatar et le Pakistan. Certaines coopérations sécuritaires existent déjà, notamment face aux menaces transnationales et aux recompositions en Syrie et en mer Rouge.

À Jérusalem, l’émergence d’une telle coalition suscite des inquiétudes, même si plusieurs de ses membres entretiennent des liens étroits avec Washington. L’idée d’un élargissement des Accords d'Abraham semble aujourd’hui plus lointaine. L’Arabie saoudite, qui avait envisagé une normalisation avec Israël, adopte un ton plus critique, notamment en raison de la guerre à Gaza et de l’absence de progrès sur le dossier palestinien. Parallèlement, des tensions sont apparues entre Riyad et Abou Dhabi au sujet du sud du Yémen, révélant des rivalités internes au camp sunnite.

Un autre facteur pèse dans l’équation : l’engagement déclaré du Pakistan, puissance nucléaire, à défendre l’Arabie saoudite. Ce paramètre réduit la dépendance stratégique de Riyad à l’égard d’un éventuel partenariat sécuritaire avec Israël face à l’Iran. Moins contrainte de chercher un appui israélien, l’Arabie saoudite dispose d’alternatives sunnites crédibles.

Le paysage régional traverse une phase de redéfinition accélérée. L’Iran demeure un acteur central, mais il n’impose plus seul les règles du jeu. Dans le même temps, la Turquie avance ses pions, combine diplomatie, présence militaire et influence économique, et aspire à structurer un axe sunnite élargi.

Pour Israël, le défi devient plus complexe. Il ne s’agit plus seulement de contenir l’Iran, mais d’évoluer dans un environnement où plusieurs puissances sunnites, parfois concurrentes entre elles, pourraient converger ponctuellement pour restreindre sa marge de manœuvre diplomatique et stratégique.

Les prochains mois diront si cette dynamique se cristallise en véritable bloc structuré ou si les rivalités internes au monde sunnite en limiteront la portée. Une chose est acquise : l’équilibre régional ne se joue plus sur un seul axe, et Jérusalem ajuste déjà ses calculs en conséquence.

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