Le jury de la Biennale de Venise a présenté sa démission collective après avoir refusé d'évaluer le pavillon israélien. Face à la pression conjuguée des milieux politiques et professionnels, les organisateurs ont pris une décision inédite : c'est le grand public qui désignera le pavillon le plus remarquable dont Israël.
Neuf jours seulement avant l'ouverture de l'un des événements artistiques les plus prestigieux au monde, les cinq membres du jury international ont annoncé leur démission collective, dans un communiqué laconique publié dans la revue d'art eFlux.
"À compter du 30 avril 2026, nous - le jury international sélectionné par Koyo Kouoh, directrice artistique de la 61e édition de la Biennale de Venise intitulée In Minor Keys - annonçons notre démission, à la suite de la déclaration d'intentions que nous avons publiée le 22 avril 2026."
Tout avait commencé une semaine plus tôt, lorsque le jury avait publiquement annoncé son intention de refuser d'évaluer les pays dont les dirigeants font l'objet de poursuites devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l'humanité. Sans les nommer explicitement, la cible était transparente : Israël dont le Premier ministre Binyamin Netanyahou et l'ancien ministre de la Défense Yoav Gallant sont visés par des mandats d'arrêt de la CPI et la Russie, dont le président Vladimir Poutine est lui aussi sous le coup d'un mandat d'arrêt pour crimes de guerre en Ukraine. Les deux pays demeurent pourtant des participants officiels de la Biennale et présenteront bien leurs pavillons respectifs.
Le jury était présidé par la commissaire brésilienne Solange Oliveira Farkas, entourée d'Elvira Dyangani Ose, directrice artistique de la Biennale d'art public d'Abou Dabi, ainsi que de Zoe Butt, Martha Kirszenbaum et Giovanna Zapperi.
Le sculpteur Blu-Simion Fainaru, qui représente Israël cette année, s'est retrouvé malgré lui au centre de la controverse. Né en Roumanie, il a immigré en Israël dans les années 1970 et avait déjà représenté la Roumanie à la Biennale en 2019. Lauréat du Prix Israël l'an dernier, il est aujourd'hui considéré comme l'une des figures majeures de la scène artistique israélienne. Face à la situation, il a consulté des avocats. Mercredi, le ministre italien de la Culture l'a contacté personnellement pour lui exprimer son soutien.
Le ministre israélien de la Culture Miki Zohar avait déclaré au début de la semaine : "La décision du jury de la Biennale n'est pas seulement une injustice, c'est une cécité morale. Exclure Blu-Simion Fainaru, choisi par un comité professionnel, c'est cracher au visage de tous les artistes israéliens. Nous appelons la direction de la Biennale et le ministère italien de la Culture à empêcher que ce grand événement artistique ne se transforme en tribune d'exclusion et de censure."