Un manuscrit que les milieux académiques juifs croyaient définitivement perdu depuis la Seconde Guerre mondiale vient d'être retrouvé dans l'un des plus grands fonds d'archives de Russie. Le chercheur Israël Dubitsky a identifié le commentaire du Rachbam sur la Torah, l'une des œuvres majeures de l'exégèse biblique médiévale, conservé à la Bibliothèque nationale de Russie à Saint-Pétersbourg, au sein de la prestigieuse collection Ginzburg.
Qui était le Rachbam ?
Le Rachbam, acronyme de Rabbi Chmouel ben Meïr (vers 1080–1158), était l'un des plus brillants commentateurs bibliques du Moyen Âge. Petit-fils de Rachi, il est connu pour son approche résolument littérale (pchat) du texte biblique, souvent en rupture avec les lectures traditionnelles. Son commentaire sur la Torah constitue l'un des sommets de cette méthode exégétique.
Le seul manuscrit presque complet de ce commentaire qui avait survécu jusqu'au XXe siècle, connu sous la référence Breslau 103, a été pillé pendant la Shoah et a disparu. Depuis lors, les chercheurs avaient tenté de reconstituer les sections manquantes à partir de citations dispersées dans d'autres œuvres médiévales.
Une erreur de catalogage vieille de plusieurs générations
Lors de l'examen de manuscrits du commentaire de Rachi dans la collection Ginzburg, le chercheur Dubitsky a réalisé que l'un des items était en réalité le commentaire du Rachbam. En raison de défauts physiques notamment le fait que le manuscrit commence au milieu du livre de la Genèse et qu'il soit dépourvu de titre, il avait été catalogué par erreur comme un commentaire de Rachi. Le document était ainsi arrivé en Union soviétique après la guerre, vraisemblablement dans le cadre des saisies massives de fonds d'archives et de bibliothèques opérées par l'Armée rouge.
Cette classification erronée a dissimulé le manuscrit aux yeux des chercheurs pendant plusieurs décennies, le condamnant à l'invisibilité au sein d'une collection pourtant accessible.