Depuis le début de la guerre, un écusson est apparu sur les uniformes de certains soldats, qu'ils placent de manière individuelle et à leur propre initiative. Il porte l'inscription ''Machia'h'' ornée d'une couronne.
Cet écusson a fait couler beaucoup d'encre, certains y voyant l'expression d'une idéologie et estimant qu'il n'a pas sa place sur un uniforme de l'armée qui se doit d'être neutre. Pour d'autres, il exprime ce que les Juifs pendant l'histoire et jusqu'à aujourd'hui appellent dans leurs prières: la venue du Machia'h, une croyance qui serait notamment à la base de la raison de se battre en Israël.
Le chef d'état-major, Eyal Zamir, tout comme son prédécesseur, Herzi Halévy, adhère plutôt au premier avis et a demandé à interdire aux soldats de porter ce patch.
Lors d'une inspection en Judée-Samarie, Zamir a personnellement identifié un soldat de la brigade Nahal portant sur son uniforme le fameux écusson. Il a immédiatement ordonné l'ouverture d'une procédure disciplinaire.
L'affaire a déclenché une cascade de sanctions qui remonte toute la chaîne de commandement. Le combattant concerné a été envoyé pour 30 jours de prison ferme, le commandant de section s'est vu infligé une peine de 14 jours de prison avec sursis, le commandant de compagnie a écopé d'une réprimande et le commandant de bataillon d'une remarque disciplinaire.
À la suite de ces décisions, le commandant de brigade a réuni l'ensemble de sa chaîne de commandement pour une réunion consacrée à la discipline opérationnelle.
Dans un message adressé à ses subordonnés en fin de journée, le commandant de brigade a assumé la pleine responsabilité des événements tout en affirmant que le fond du problème n'était pas l'écusson en lui-même mais la désobéissance à une instruction : « La responsabilité pleine et entière m'incombe. J'ai agi ainsi parce que la discipline est une valeur fondamentale. Malheureusement, le manque de discipline nous confronte à des pertes humaines, aussi bien lors d'opérations qu'en temps de routine. L'enjeu n'est pas le patch lui-même : l'enjeu, ce sont les valeurs que nous inculquons. La brigade Nahal sera un exemple dans ce domaine aussi, c'est notre devoir. »
La sanction infligée au soldat a immédiatement suscité des réactions dans la sphère politique israélienne. Le député Boaz Bismuth a vivement critiqué la sanction : « La décision de punir un combattant qui portait un patch "Messie" est grave et scandaleuse. Libérez-le maintenant. ». Le député Yitzhak Kroizer a quant à lui interpellé directement le chef d'état-major : « Mieux vaut consacrer votre énergie à poursuivre les terroristes, cela sera bien plus utile pour remporter la guerre. »
Par ailleurs, des dizaines de parents de soldats du Na'hal ont signé une lettre pour demander l'annulation de la sanction. Soulignant le fait que le soldat concerné par la sanction venait de servir au Liban, les parents écrivent: ''Ce soldat se trouvait en pleine exécution d'une mission de garde lorsque le chef d'état-major s'est présenté à son poste. Plutôt que d'être reconnu pour le dévouement et le sacrifice qu'il incarne, il s'est retrouvé condamné à un mois entier d'incarcération et écarté du combat. Ce n'est pas ainsi que l'on traite ceux qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes pour défendre leur pays'', dénoncent-ils.
Puis ils ajoutent précisant que le soldat ne porte pas de kippa: ''La croyance en la venue du Messie est une pierre angulaire de l'histoire et de la civilisation juives. Elle a soutenu notre peuple à travers les siècles les plus sombres - l'exil, les persécutions, les pogroms - et l'a accompagné jusqu'à la renaissance nationale. Voir le chef d'état-major de l'armée de défense d'Israël choisir d'emprisonner un combattant pour l'expression d'une conviction juive fondamentale, c'est infliger un camouflet à des milliers de soldats - religieux et laïcs confondus - qui puisent leur force morale dans l'héritage de leur peuple et dans leur foi. L'armée du peuple juif ne peut pas, et ne doit pas, se retourner contre la foi de ceux qui la composent''.
''Nous exigeons donc l'annulation immédiate de la peine d'emprisonnement infligée au soldat, ainsi que l'ensemble des sanctions prononcées contre ses supérieurs. Nous demandons que cesse toute forme de persécution à l'égard des symboles juifs qui donnent force, sens et espérance aux hommes qui combattent sur le terrain. Nous appelons enfin le commandement suprême à concentrer son énergie là où elle est vraiment nécessaire : dans la victoire sur l'ennemi, non dans des querelles internes aussi inutiles que destructrices. Nos fils continueront à se battre. Ils continueront à vaincre. Mais pour cela, ils ont besoin de commandants capables de les voir dans leur pleine humanité, en tant qu'hommes, en tant que Juifs, en tant que soldats israéliens'', concluent les parents.
La mère du soldat a, elle aussi, pris sa plume pour écrire au chef d'état-major: ''J'ai vu A. revenir du front. J'ai croisé son regard, un regard que je ne reconnaissais plus tout à fait. Le champ de bataille l'a vieilli, l'a éloigné de l'insouciance de l'enfance. Il porte en lui quelque chose de plus lourd, et de plus grand à la fois.
Je suis certaine que lorsque vous êtes entré dans cette tour de guet et que vous lui avez adressé la parole, son cœur battait fort, d'émotion, de fierté, et du respect immense qu'il vous porte. Une telle rencontre avec le chef d'état-major, c'est un moment gravé dans la mémoire d'un soldat pour toute sa vie. C'est précisément pour cela que la douleur est si profonde.
Il n'imaginait pas - comment l'aurait-il pu ? - qu'après un échange aussi fort, il serait convoqué dans le bureau de son commandant de brigade pour se voir notifier trente jours de détention, la perte de sa liberté la plus élémentaire, et l'éloignement de son rôle de combattant.
Je comprends que vous étiez venu pour renforcer vos soldats, afin qu'ils restent disciplinés et qu'ils rentrent sains et saufs chez eux. Ces intentions sont nobles, et je ne les remets pas en question. Mais en voyant mon fils avec ce patch, vous avez semblé ne voir que ce qu'il portait sur son uniforme et non l'homme qui se tenait devant vous. Vous ne lui avez rien dit sur le moment. Vous ne lui avez pas posé de question, ni donné la moindre occasion de s'expliquer. Et pourtant, dans la foulée directe de cette rencontre, on lui a retiré le combat, son honneur et sa liberté.
Je ne me permettrai pas, monsieur le Chef d'état-major, de vous donner des leçons sur la manière de former des soldats disciplinés. Ce n'est pas mon rôle, et l'humilité me l'interdit. Mais en tant que mère et je crois parler au nom de toutes les mères d'Israël qui confient leurs enfants à vos mains, il me semble évident que priver un jeune homme de liberté pour le port d'un patch aura des conséquences profondes sur son équilibre intérieur. Cela risque d'ébranler durablement la confiance qu'il plaçait dans une institution à laquelle il voulait si ardemment appartenir, pour laquelle il a tout donné.
La proportionnalité dans la sanction n'est pas une faveur que l'on accorde. C'est une exigence morale non seulement pour mon fils, mais pour l'ensemble des soldats de Tsahal. Ils ont besoin de savoir qu'il existe des commandants capables de les voir dans leur totalité : leurs valeurs, leur engagement, leurs sacrifices, leur détermination, le long chemin qu'ils ont parcouru. Pas seulement l'erreur d'un instant.
Je suis blessée, profondément blessée en tant que mère, par ce qui s'est passé. Mais je crois, je veux croire, que les commandants, comme les parents, ont la sagesse et l'humilité nécessaires pour corriger ce qui mérite de l'être. Nos enfants, nos soldats, comptent infiniment plus que n'importe quelle décision administrative. Notre devoir commun est de les réparer, jamais de les briser.
C'est pourquoi je vous demande, monsieur le Chef d'état-major, du plus profond de mon cœur : reconsidérez la sanction infligée à A. Voyez en lui non pas un soldat qui a commis une faute, mais un jeune homme qui a offert sa jeunesse à son pays, qui aime Tsahal sincèrement et sans calcul. Donnez-lui une leçon mesurée à la hauteur de son erreur sans effacer tout ce qu'il a accompli, sans détruire la confiance qu'il accordait à l'armée qu'il rêvait de servir, et sans blesser une âme qui a déjà tant donné''.
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