« Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le répéter » (1). On peut trouver à travers l'Histoire de nombreuses périodes comparables à la crise mondiale centrée sur le Moyen-Orient que nous traversons aujourd'hui. J'en évoquerai deux ici.
La première, très récente et relativement simple à cerner, a débuté en 2015 avec la signature du JCPOA, un accord destiné à limiter les ambitions nucléaires iraniennes. Suite à de nombreuses violations de cet accord par l'Iran, les États-Unis s'en sont retirés en 2018. Certains observateurs ont alors défendu la thèse selon laquelle ce retrait des Etats Unis a été perçu comme un affront par l’Iran ; ce serait donc en réaction à cet affront que l’Iran avait décidé de reprendre ses activités d’enrichissement d’uranium hors de toute supervision des Nations Unies, et aussi d’amplifier son programme de missiles à longue portée. Ce raisonnement est bien loin de la vérité : l'Iran, malgré sa signature du JCPOA, n'a jamais eu l'intention de le respecter, et a transgressé cet accord sans attendre, et sans même se cacher. Et pourtant, jour après jour, le monde occidental tout entier, de nombreuses organisations internationales (ONU, etc.) et la plupart des pays arabes pressent les États-Unis de signer un nouvel accord écrit avec l'Iran et d'y adhérer sans réserve. Qu'importe que l’Iran n'a jamais renié son engagement d'anéantir Israël (le Petit Satan) et les États-Unis (le Grand Satan). Qu'importe que l'Iran possède d'importantes quantités d'uranium hautement enrichi et des missiles capables de transporter des armes nucléaires sur toute la planète. Ces nations et organisations prétendument de bonne volonté avancent l'argument suivant : si nous parvenons à faire signer à l'Iran un nouveau document stipulant qu'il se comportera en bon citoyen de la communauté internationale, nous devrions l'accepter sans réserve, cesser la guerre, retirer toutes nos forces du Moyen-Orient et le laisser tranquille.
Ma citation en tête de cet article est on ne peut plus claire : l'Iran a déjà violé l'accord signé. Comment lui accorder la moindre confiance ? Comment peut-on croire qu'il ne recommencera pas ? Pour bien comprendre ce point, je souhaite évoquer la sagesse d'un autre philosophe, Emmanuel Kant, qui, en 1795, affirmait en substance (2) : si une entité démocratique signe un accord de paix écrit avec une autre entité démocratique, cet accord est digne de confiance. En revanche, si une entité démocratique signe un accord de paix avec une dictature, il ne faut en aucun cas s'y fier. Le raisonnement de Kant était le suivant : une démocratie s'instaure par des moyens pacifiques et se maintient par la paix, qui est son état stable. Par contre, une dictature accède au pouvoir par la guerre et s'y maintient par la guerre, qui est donc son état stable. L'épisode du JCPOA a démontré la validité de cette affirmation. La communauté internationale doit absolument intérioriser cette leçon : les Mollahs se maintiennent au pouvoir par la violence, en tuant s’il le faut des dizaines de milliers de citoyens de leur propre pays, et en bombardant les autres pays musulmans de la région. La guerre les a amenés au pouvoir, la guerre leur permet d’y rester. Dans leur mode opératoire, le recours à une soi-disant négociation n’est qu’un stratagème destiné à gagner du temps et à tromper l’ennemi.
La seconde période présentant d'étonnantes similarités avec les événements actuels est ce que les Français appellent « l'entre-deux guerres », soit l'intervalle entre la fin de la Première Guerre mondiale (1918) et le début de la Seconde Guerre mondiale (1939). Après la signature du traité de Versailles, le monde crut avoir assisté à « la der des der » : la toute dernière des guerres. Après tout, en 1918 les Allemands avaient signé un document stipulant qu'ils ne reconstruiraient pas leurs armées et qu'ils vivraient désormais en paix. Or, très vite, l'Allemagne se lança dans un renforcement militaire considérable, et lorsque le parti nazi prit le pouvoir en janvier 1933, il transforma une démocratie fragile en une dictature brutale et afficha clairement son ambition de construire un empire par la force. La stratégie choisie par les principales nations occidentales de l'époque (la France et l'Angleterre) fut l'apaisement : Daladier et Chamberlain signèrent les accords de Munich avec l'Allemagne. Pour l'apaiser davantage, ils lui cédèrent une partie de la Tchécoslovaquie (les Sudètes). Ils rentrèrent tous deux chez eux heureux, persuadés d'avoir instauré « la paix pour notre temps ». Or, nous savons tous ce qui s'est passé : 85 millions de personnes sont mortes pendant la Seconde Guerre mondiale, dont 6 millions de martyrs juifs, que leur mémoire ne soit jamais oubliée.
Le parallèle entre cet « entre-deux guerres » et les événements actuels est trop évident pour être ignoré. L'apaisement est voué à l'échec, surtout lorsque l'ennemi est une dictature puissante et que notre position est fragile : l'Europe est divisée et en crise, tant économique que politique. L'ONU est aussi inefficace que l'était la SDN avant la Seconde Guerre mondiale. Les pays de la région sont militairement faibles et très ambivalents vis-à-vis de l'Iran en raison de leurs affiliations religieuses. Le président Trump pourrait aussi se trouver en difficultés après les élections de mi-mandat de novembre 2026. Il aurait déjà perdu une partie de son soutien national et une grande partie de son soutien international. Pourtant, Trump reste le dirigeant le plus puissant de la planète, à la tête de la plus grande armée jamais rassemblée. Parce que cela représente une menace existentielle, Israël est peut-être le seul pays qui comprend le danger imminent si la crise iranienne n'est pas résolue rapidement et efficacement. Et Israël ne cesse de mettre en garde Trump contre le danger de l'inaction et l'illusion de l'apaisement.
Alors pourquoi tant d'entre nous, ici en Israël, et tant de nos coreligionnaires juifs à travers le monde, ressentons-nous ce vide, cette impression d'être pris au piège alors que les forces alliées (à savoir les États-Unis et Israël) devraient agir mais se contentent d’attendre ? La communication du président Trump est largement responsable de ce sentiment d'incertitude : le discours change quotidiennement, passant de « nous allons entrer en guerre rapidement » à « nous faisons une pause car nous pensons pouvoir parvenir à un accord avec l'Iran par la négociation », puis de nouveau à « nous ne pouvons pas leur faire confiance, nous allons reprendre la guerre », puis encore à « d'autres pays arabes nous disent que nous pouvons faire confiance aux promesses de l'Iran, nous faisons donc une nouvelle pause »… Tout le monde le sait sans doute, mais la plupart choisissent d'ignorer les risques liés à cette situation d'incertitude, même temporaire. Pendant que nos pays et nos armées (USA et Israël) sont en suspens, l'Iran reconstitue rapidement sa capacité offensive, enrichit l'uranium pour atteindre un niveau militaire aussi vite que possible (certains disent qu'il ne lui reste que quelques semaines pour y parvenir), et finance et arme ses nombreux alliés pour pouvoir étendre le conflit.
Les conséquences pourraient transformer un conflit local en catastrophe mondiale. Comme l'Allemagne en 1939, l'Iran envahira certainement ses voisins, détruira le commerce mondial et affectera l'économie planétaire. Et comme pour les nazis, le plan de l'Iran concernant le peuple juif sera abominable. Tout le monde connaît la solution : l’Iran doit se transformer en une démocratie stable, réelle, participative et populaire. Les mollahs doivent partir, tous sans exception. Les stocks d’uranium enrichi doivent être évacués du Moyen-Orient. Les missiles à longue portée doivent être détruits. Aucun enrichissement nucléaire ne doit être autorisé. Le nouvel Iran s’engagera pour la paix et vivra en paix. Le droit maritime international doit être respecté.
Rien de moins ne saurait être acceptable. Mais surtout, aucun engagement, verbal, écrit ou autre, pris par les mollahs concernant ce qui précède ne saurait être pris au sérieux. Le monde doit comprendre une fois pour toutes qu’il est vain de négocier avec toute dictature, celle des mollahs iraniens en particulier.
Cette situation d’impasse dans laquelle nous nous trouvons est extrêmement dangereuse : elle donne aux mollahs l’impression que nous croyons à l’apaisement, que nous sommes prêts à « négocier », autrement dit, que nous allons faire confiance à leur signature sur un bout de papier. Assez de cette illusion. Il y a un travail à accomplir pour le bien commun de notre monde ; plus tôt nous le ferons, plus notre avenir commun sera clair.
(1) : George Santayana, La vie de raison, 1905
(2) : Emmanuel Kant, Projet de Paix Perpétuelle, 1795
Jean-Pierre Braun a passé sa carrière au cœur de la Hi Tech dans la Silicon Valley (Californie). Jean-Pierre a également été le fondateur et président pendant 20 ans d’une synagogue unique au centre de la Silicon Valley et, à son retour en France, est devenu vice-président du CRIF Rhône Alpes et président de la communauté Rachi à Grenoble. Avec sa femme Annie, ils ont fait leur Aliyah à Jérusalem en 2016.
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