Peu de Juifs connaissent leur existence. Pourtant, plusieurs milliers de descendants des adeptes de Shabbataï Tsvi, le faux messie juif du XVIIe siècle, vivraient encore aujourd’hui en Turquie et en Europe. Connus sous le nom de Dönmeh, ils ont officiellement adopté l’islam il y a plus de 350 ans, tout en conservant dans la discrétion certaines croyances et traditions héritées du judaïsme.
Le sujet refait surface à travers les recherches de la chercheuse israélienne Hadar Feldman Samet, qui étudie depuis plusieurs années les textes, chants et traditions de cette communauté. Selon elle, certains descendants se sont totalement assimilés à la société musulmane, tandis que d’autres commencent aujourd’hui à renouer avec leurs racines. Mais la plupart évitent encore de s’identifier publiquement, par crainte des réactions et du poids du secret familial.
L’histoire des Dönmeh commence avec Shabbataï Tsvi, né à Smyrne en 1626, qui se proclama Messie et attira derrière lui de nombreux Juifs à travers l’Empire ottoman et l’Europe. En 1666, face au pouvoir ottoman, il se convertit à l’islam. Une partie de ses fidèles le suivit, convaincue que cette conversion faisait partie d’un plan messianique caché.
Plus de trois siècles plus tard, cette communauté reste l’une des plus mystérieuses du monde juif. Officiellement musulmans, parfois totalement assimilés, certains Dönmeh continueraient pourtant à porter une mémoire juive secrète. Un héritage fragile, transmis dans le silence, entre histoire, mystique et identité cachée.