Le programme d'investigation "Zman Emet" de la chaîne publique israélienne Kan 11, diffusé cette semaine, a mis en lumière l'un des scandales d'abus sexuels les plus graves jamais exposés en Israël. La journaliste Roni Zinger y a recueilli les récits de cinq femmes qui, pour la plupart, ne se connaissaient pas, mais ont décrit des schémas d'une troublante similitude : des violences sexuelles à caractère rituel, impliquant plusieurs participants, commises dans les mêmes zones géographiques du Gush Etzion. Des enregistrements, une confrontation filmée et des témoignages de professionnels de santé ayant suivi les plaignantes sur plusieurs années ont étayé l'enquête.
L'affaire n'est pas entièrement nouvelle. Dès janvier 2026, le rabbin Yaakov Medan, co-directeur de la Yeshivat Har Etzion, l'une des institutions religieuses les plus respectées du sionisme religieux, située précisément dans le Gush Etzion, avait publiquement alerté sur l'existence de tels abus. Selon le Jerusalem Post, des parents de jeunes garçons l'avaient approché avec des témoignages qu'il avait qualifiés de "clairs" concernant des violences sexuelles ritualisées, commises sous couvert de cérémonies religieuses ou sociales. Le rabbin Medan avait alors mis en garde contre ce qu'il a appelé un "narcissisme social'', la tendance d'une communauté à protéger sa réputation au détriment des victimes.
La prise de position du Rav Medan avait suscité de nombreuses critiques alertant sur l'amalgame qui pourrait être fait entre le secteur sioniste religieux de la population et des individus dont les agissements s'apparentent à ceux d'une secte et qui évoluent au sein de ces communautés.
A la suite du reportage de la chaine Kan 11, le conseil régional du Gush Etzion a réagi sans ambigüité: « Les actes décrits sont l'expression d'une malveillance pure et d'une perversion morale qui n'ont leur place dans aucune société humaine, et certainement pas dans notre communauté. Les violences sexuelles, et plus encore celles décrites comme systématiques et rituelles, sont un crime abject qui blesse non seulement les victimes, mais l'ensemble du tissu communautaire. ». Le conseil a également joint à son communiqué une liste de contacts d'urgence, services sociaux, psychologues, lignes d'assistance spécialisées dans les violences sexuelles, et a appelé toutes les personnes concernées à se manifester pour obtenir un soutien.
Une commission s'était tenue à la Knesset déjà en juin 2025 sur le sujet. Organisée à l'initiative de la députée Pnina Tamano-Shata, présidente de la Commission pour la promotion de la condition féminine, la séance a réuni plusieurs victimes qui ont livré des témoignages d'une violence extrême.
La police a créé une unité spéciale pour traiter de ces accusations et de ces plaintes. Pour l'heure, aucun élément n'a permis de conduire à des interpellations. La police affirme qu'à ce stade des investigations, malgré la similitude entre les témoignages, aucun lien n'a pu être établi entre les différents cas portés à sa connaissance. L'enquête se poursuit.
Numéros utiles:
Centre d'aide aux victimes d'agressions sexuelles: 1202 pour les femmes / 1203 pour les hommes
Centre Tahel pour les victimes d'agressions sexuelles rituelles: 052-346-8541
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