Venue de Turquie pour étudier les sciences politiques à l'Université hébraïque de Jérusalem, Türkü Avci est devenue l'une des voix turques les plus visibles soutenant Israël sur les réseaux sociaux. Elle est aujourd'hui la cible d'une mise en examen en Turquie pour "offense au président", passible d'une peine allant jusqu'à six ans de prison. Elle a déposé une demande d'asile politique en Israël, dont l'issue se jouera lors d'une audience cruciale au ministère de l'Intérieur dans les prochains jours.
Türkü Avci a grandi à Marmaris, ville côtière de Turquie, au sein d'une famille laïque. Elle est arrivée en Israël en 2021 pour étudier les sciences politiques, animée par la volonté de comprendre la région depuis un angle qu'elle estimait absent de son pays. Après les attaques du 7 octobre 2023, sa décision de partager "ce qui se passe réellement" lui a tout coûté : sa bourse d'études, son logement et la possibilité de rentrer dans son pays.
Étudiante en sciences politiques et communication à l'Université hébraïque de Jérusalem, Türkü Avci offre des analyses approfondies sur la politique turque, moyen-orientale et israélienne, combinant connaissance académique et expérience personnelle.
C'est une vidéo publiée sur Instagram qui lui a valu l'ire du Président turc Erdogan, dans laquelle elle se revendique sioniste. Cette nuit-là, la vidéo est devenue virale en Turquie et dans les médias islamistes, suscitant des milliers d'appels à son arrestation et à son assassinat. D'autres ont recommandé que les services de renseignement turcs enquêtent à son sujet.
Des journalistes, dont certains appartenant à la chaîne publique TRT, ont diffusé les photos de ses parents, leurs numéros d'identité et leurs adresses. Un journaliste de TRT a affirmé qu'elle était un agent du Mossad, tandis que le journal islamiste Yeni Akit la décrivait comme une "Juive turque" ayant "insulté la Turquie et glorifié Israël".
Selon les documents juridiques présentés par Türkü Avci au journal HaYom, sa mise en examen en Turquie repose sur trois chefs d'accusation principaux. Le chef central est celui d'"insulte publique au président", fondé sur l'article 299 du Code pénal turc.
Dans le cas d'Avci, la répétition des publications sur les réseaux sociaux est qualifiée d'"infraction en série", ce qui pourrait porter la peine cumulée à six ans d'emprisonnement ferme. Le parquet réclame également la privation de droits civiques - droit de vote, accès aux fonctions publiques, exercice de certaines professions - ainsi que le paiement de l'intégralité des frais de justice.
"Un citoyen privé a déposé la plainte initiale, mais l'État en a pris la charge et poursuit désormais en son nom propre au nom d'Erdogan", explique-t-elle. À ses yeux, il s'agit d'un mode opératoire rodé en Turquie contre les opposants : des citoyens servent de "déclencheur" et le système étatique se charge du reste.
