Depuis plusieurs jours, la capitale albanaise Tirana est le théâtre d'un mouvement de protestation civique d'une ampleur inédite, dirigé contre un gigantesque complexe balnéaire promu par la société d'investissement Jared Kushner, gendre de Donald Trump. L'implication de Kushner a suffi pour alimenter, à la marge de ce mouvement, une folle théorie complotiste.
Pour certains protestataires, ce complexe balnéaire ne serait qu'une façade. Derrière, selon ces publications, se cacherait un plan coordonné entre les États-Unis et Israël pour installer des populations palestiniennes de Gaza sur le sol albanais. Une affirmation spectaculaire. Et fausse.
La mécanique complotiste s'est construite par association d'idées successives, amplifiée par des partages massifs en albanais, en arabe et en hébreu. Les rumeurs qui circulent vont jusqu'à dire que le terrain aurait été vendu, en réalité, secrètement à Israël et qu'il s'agirait d'un plan secret américano-israélien pour déplacer les Palestiniens de Gaza vers l'Albanie."
Et évidemment, au coeur de cette thèse conspirationniste, l'affirmation qui est avancée est que Jared Kushner agit comme un agent d'Israël parce qu'il est juif.
La greffe complotiste s'explique par une coïncidence temporelle : le projet Kushner a pris de la visibilité au même moment où circulaient, dans les médias du Moyen-Orient et sur les réseaux arabophones, des spéculations sur un possible « relogement » de Gazaouis dans des pays tiers. L'Albanie, pays à majorité musulmane entretenant des relations avec Washington, a été citée dans certains de ces scénarios sans aucune base officielle.
Notons que les slogans de la majorité des manifestants portent sur l'environnement, la souveraineté foncière et le manque de transparence de ce projet. Des manifestants ont explicitement tenu à dissocier leur combat de ces rumeurs, insistant sur le fait que leur opposition est d'abord écologique et civique.