L’exemple le plus frappant remonte au mois dernier, lorsque le quotidien iranien Tehran Times a publié ce qui était présenté comme une image satellite montrant la destruction totale d’un radar américain. Le cliché s’est révélé être un faux : il s’agissait d’une photographie vieille d’un an prise à Bahreïn, modifiée à l’aide de l’intelligence artificielle. Des analystes indépendants ont rapidement identifié la supercherie en comparant les images originales.
Selon le magazine américain Wired, l’Iran a également utilisé l’IA pour effacer sur certaines images satellites les dégâts causés par les frappes israéliennes et américaines contre des bases aériennes et des infrastructures pétrolières. Les sites apparaissaient intacts, sans traces d’explosions ni d’incendies.
Mais Téhéran n’est pas le seul acteur à recourir à ces méthodes. Avant les premières frappes massives contre les installations nucléaires et balistiques iraniennes, Israël et les États-Unis auraient mené une vaste opération de tromperie destinée à induire en erreur les analystes iraniens surveillant les images satellites.
Alors que Donald Trump affichait publiquement un optimisme sur les négociations avec l’Iran, des leurres ont été déployés sur plusieurs bases militaires. Des avions gonflables, des filets de camouflage et des mouvements fictifs de véhicules blindés ont été utilisés pour donner l’impression d’activités de routine plutôt que de préparatifs offensifs.
La guerre actuelle bouleverse les règles du renseignement spatial. Les satellites, qu’ils soient gouvernementaux ou commerciaux, ne servent plus uniquement à observer l’ennemi ; ils deviennent eux-mêmes des cibles de manipulation.
Avec la démocratisation de l’accès à l’imagerie spatiale, des entreprises privées comme Maxar Technologies, Planet Labs ou la société israélienne ImageSat International fournissent aujourd’hui des images à haute résolution utilisées par les gouvernements, les médias et les analystes du monde entier.
Cette multiplication des acteurs a transformé l’espace en nouveau champ de bataille informationnel.
L’Iran a développé depuis plusieurs années une doctrine spécifique de tromperie satellitaire. Pour déjouer la surveillance israélienne et américaine, les Gardiens de la Révolution ont installé dans des zones désertiques des sites de lancement factices équipés de lanceurs de missiles en fibre de verre et en bois.
Grâce à des matériaux capables de reproduire la signature radar d’équipements réels, ces installations apparaissaient sur les images comme des batteries de missiles opérationnelles. Selon plusieurs médias américains, certaines frappes auraient même visé ces leurres, tandis que les véritables lanceurs étaient dissimulés dans les « villes de missiles » souterraines iraniennes.