À l'occasion du cinquantième anniversaire de l'opération Entebbe, la Knesset lève pour la première fois le voile sur des protocoles classifiés des réunions de la commission des Affaires étrangères et de la Défense. Ces documents, restés secrets pendant un demi-siècle, révèlent que le Premier ministre Yitzhak Rabin avait anticipé le scénario du détournement d'Air France qui allait survenir trois mois plus tard.
Selon les protocoles, le 19 mars 1976, Rabin comparaissait devant les membres de la commission et les informait d'une opération hautement confidentielle, connue sous le nom d'opération Tzarevet (« opération Brûlure »). Dans le cadre de cette mission, le Shin Bet et le Mossad avaient déjoué un complot visant à abattre à l'aide d'un missile sol-air portatif un avion d'El Al transportant 140 passagers sur le point d'atterrir à Nairobi, au Kenya.
Selon Natan Last, responsable de la divulgation des documents classifiés aux archives de la Knesset, Rabin avait révélé que cinq terroristes, trois Palestiniens et deux Allemands appartenant au groupe Baader-Meinhof, avaient été arrêtés au Kenya lors des derniers préparatifs de l'attentat. Les suspects étaient également liés au terroriste international Carlos. Les autorités israéliennes avaient demandé aux Kenyans, qui avaient collaboré avec Israël dans le cadre de cette opération, de garder une confidentialité totale autour de l'arrestation des terroristes.
Lors de ce même débat du 19 mars 1976, le Premier ministre Rabin avait déclaré devant les membres de la commission : « Ma crainte est qu'il y ait une tentative d'attentat-prise d'otages contre les Kenyans, et qu'ils nous pressent alors de leur livrer les détenus. »
Trois mois plus tard, le 27 juin 1976, un avion d'Air France était détourné vers Entebbe par l'organisation de Wadie Haddad, figure de proue du Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP). Parmi les exigences des terroristes figurait explicitement la libération des cinq terroristes arrêtés au Kenya.
Un second protocole, également déclassifié pour la première fois, documente la séance de la commission du 29 juin 1976, soit deux jours après la prise d'otages. Rabin y établit lui-même la connexion entre les deux événements : « J'ai un jour informé la commission d'un événement qui avait failli se produire avec un avion d'El Al dans la région de Nairobi. J'avoue que tout ce temps, jusqu'à cet instant même, j'espère que ma crainte est vaine et que ce n'est pas une opération de Wadie Haddad pour assurer la libération des hommes qui se trouvent en notre possession. »
Le lendemain, lors d'une nouvelle séance dont le compte rendu est également révélé pour la première fois, Rabin alerta la commission sur un autre danger : celui d'une divulgation du secret entourant les arrestations au Kenya. Il formula cette mise en garde : « Si nous ne parlons pas, nous pourrons tenir ; sinon malheur à nous. »
Les protocoles indiquent que le gouvernement kenyan avait officiellement nié l'existence même des détenus, et qu'Israël redoutait que toute publication compromette ce partenaire crucial et nuise aux efforts pour libérer les otages. Rabin insista : « Je demande à faire très attention au problème particulier de ce pays africain, car notre vie en dépend. Je dois dire que j'ai davantage confiance en leur fermeté qu'en notre capacité à tenir notre langue. »