Le ministre des Affaires étrangères israélien Gideon Sa'ar soumettra ce dimanche au conseil des ministres une proposition de résolution reconnaissant officiellement le génocide arménien perpétré par l'Empire ottoman. C'est la première fois qu'une telle résolution est formellement portée devant le gouvernement israélien, après des décennies durant lesquelles Israël s'était abstenu de toute reconnaissance officielle pour préserver ses relations avec Ankara.
Israël figure parmi les rares démocraties occidentales à ne pas avoir officiellement reconnu le massacre systématique de la population arménienne entre 1915 et 1923, au cours duquel entre 600 000 et 1,5 million d'Arméniens ont péri selon les estimations historiques. La raison de cette position n'a jamais été d'ordre historique, mais purement diplomatique : Ankara, qui nie catégoriquement le terme de génocide, a toujours considéré toute reconnaissance étrangère comme un acte inamical, voire hostile.
Pour Israël, la Turquie représentait historiquement un partenaire stratégique de premier plan au Moyen-Orient. Les relations militaires, économiques et de renseignement entre les deux pays ont longtemps justifié, aux yeux de plusieurs gouvernements israéliens successifs, le maintien d'une posture ambiguë sur ce sujet.
La décision actuelle intervient dans un contexte de dégradation marquée des relations israélo-turques. Depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023, le président Recep Tayyip Erdoğan a multiplié les déclarations hostiles à Israël, suspendu les échanges commerciaux bilatéraux et rompu de fait les liens diplomatiques entre les deux pays. Ankara a également porté plainte contre Israël devant la Cour internationale de justice.
Dans ce contexte, le principal frein à la reconnaissance du génocide arménien a largement perdu sa raison d'être et au contraire pour Jérusalem, il s'agit d'une arme diplomatique contre la Turquie.