Assaad Al-Chaibani, le ministre syrien des Affaires étrangères, est actuellement au Liban pour une série de rencontres.
Il s'est entretenu avec son homologue libanais Youssef Raggi, le président Joseph Aoun ainsi qu'avec le président du Parlement Nabih Berri et le premier ministre Nawaf Salam. Sa visite comprenait également des rencontres avec d'autres personnalités politiques et religieuses libanaises. Il s'agit de sa deuxième visite officielle à Beyrouth depuis la chute du régime Assad — la première ayant eu lieu en octobre 2025 — mais sa rencontre avec le président du Parlement Nabih Berri constitue une première : selon la presse libanaise, c'est le premier échange de ce niveau entre un responsable syrien et un dirigeant chiite libanais depuis la chute du régime d'Assad.
Les échanges ont porté sur le renforcement des relations entre les deux pays après des décennies de tensions, ainsi que sur la construction d'un partenariat régional renouvelé entre le pouvoir du président syrien Ahmed Al-Charaa et le gouvernement libanais. Selon des comptes rendus des rencontres, plusieurs dossiers concrets ont été abordés : les questions frontalières, tant terrestres que maritimes ; le respect de la souveraineté libanaise ; la mise en place d'échanges commerciaux libres et le développement économique ; le sort des prisonniers syriens détenus au Liban ; le retour des réfugiés syriens installés au Liban ; la lutte contre la contrebande et le contrôle des frontières ; la coordination des positions diplomatiques entre les deux pays.
Le Liban et la Syrie ont signé, lors de cette visite, un accord portant sur la création de la « Commission suprême mixte libano-syrienne », destinée à servir de cadre de coordination politique, économique et sécuritaire entre les deux pays. La nouvelle commission sera coprésidée par les chefs de gouvernement des deux pays. Elle sera chargée de la coopération bilatérale dans plusieurs domaines : diplomatie, économie, sécurité, infrastructures, énergie et questions sociales, le tout assorti d'un engagement réciproque au respect de la souveraineté de chaque État et à la non-ingérence dans les affaires intérieures de l'autre.
Le président Aoun a par ailleurs souligné que la suspension par Damas du Conseil supérieur syro-libanais, organe longtemps perçu comme le symbole de la tutelle politique syrienne sur le Liban, rendait nécessaire la réactivation des relations diplomatiques classiques entre les deux États, notamment via la nomination prochaine d'un ambassadeur syrien à Beyrouth.
La visite est également perçue par plusieurs observateurs comme une manière, pour Damas et Beyrouth, d'afficher leur position commune face aux propos tenus à plusieurs reprises ces dernières semaines par le président américain Donald Trump, qui a suggéré qu'Israël laisse la Syrie « s'occuper » du Hezbollah plutôt que de poursuivre ses propres opérations militaires au Liban. Ces déclarations avaient suscité une vive inquiétude au Liban, où la perspective d'une intervention militaire syrienne ravive le souvenir de près de trois décennies de présence armée syrienne dans le pays.