L'analyse du média britannique spécialisé dans l'actualité du Moyen-Orient, explique que cette évolution s'est opérée en deux étapes. La première, entre 2016 et 2021, construite autour d'un axe réunissant la Grèce, Israël et Chypre, auquel se sont progressivement associés les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite, dans un contexte marqué par les tensions avec la Turquie. Au-delà des intérêts économiques et énergétiques, la coopération s'est rapidement étendue aux domaines de la défense et de la sécurité.
Depuis 2023, une seconde phase est engagée. Athènes a renforcé ses liens avec les États du Golfe tout en approfondissant son partenariat militaire avec Israël. Le projet grec de défense aérienne « Bouclier d'Achille », d'un montant estimé à 3,5 milliards de dollars, doit intégrer plusieurs systèmes israéliens. La Grèce a également acquis des systèmes d'artillerie de précision auprès de Elbit Systems, tandis que des entreprises israéliennes assurent la formation des pilotes de chasse grecs. L'acquisition en 2023 de la société grecque Intracom Defense par Israel Aerospace Industries a, selon l'article, encore renforcé cette intégration.
Pour Middle East Eye, cette coopération permettrait à Israël de rester indirectement présent dans les nouveaux mécanismes de sécurité du Golfe, sans avoir à y occuper un rôle officiel. La Grèce, déjà engagée auprès des Émirats arabes unis, de l'Arabie saoudite et du Qatar, servirait ainsi de relais pour diffuser des technologies, des doctrines militaires et une coopération sécuritaire israéliennes.
Cette stratégie s'inscrit également dans la rivalité entre Athènes et Ankara. Alors que la Turquie cherche à consolider son influence auprès des monarchies du Golfe, la Grèce mise sur son alliance avec Israël pour proposer une alternative et renforcer son poids géopolitique. L'article souligne notamment que le corridor économique IMEC (India-Middle East-Europe Economic Corridor), reliant l'Inde à l'Europe via les Émirats, l'Arabie saoudite, Israël et la Grèce, constitue l'un des piliers de cette stratégie.
L'analyse rappelle enfin que, lors de la guerre contre l'Iran, Athènes a multiplié les initiatives en direction des États du Golfe, proposant une coopération renforcée en matière de défense, tandis que des installations militaires grecques auraient servi de plateforme logistique aux opérations occidentales.