Hier soir (mardi), le Premier ministre Binyamin Netanyahou était l'invité de l'émission ''Hapatriotim'' présentée par le journaliste Yinon Magal sur la chaine 14. Au cours de cette longue interview, le chef du gouvernement est revenu sur la guerre à Gaza, le Liban, l'Iran, son procès pour corruption, l'avenir de sa coalition et les relations avec Washington.
« Des succès formidables face à l'Iran et au Hezbollah »
Interrogé d'entrée sur le bilan de la campagne militaire, Netanyahou a été direct : « Nous avons des succès formidables. Si je vous avais dit, avant le 7 octobre, que nous aurions éliminé Deif, Sinwar, Haniyeh, Nasrallah, et que nous aurions des zones de sécurité à Gaza et au Liban... Personne n'avait osé jusque-là attaquer militairement l'Iran. Vous en voulez encore ? »
À la question de savoir si la « victoire totale » était désormais à l'ordre du jour, il a nuancé : « Nous avons considérablement affaibli nos ennemis, il nous reste du travail : s'occuper des restes de l'axe iranien, faire avancer des accords de paix avec d'autres pays de la région. » Interrogé sur l'identité de ces pays, il est resté évasif : « Je ne cite pas de noms. »
Le Premier ministre a résumé sa philosophie en une formule : « Quand on est faible, on est voué à la destruction ; quand on est fort, on conclut des alliances et on œuvre pour la paix. Personne ne croyait que nous ramènerions les otages. »
Sur le Hezbollah, Netanyahou a revendiqué son bilan : « Nous avons tué environ 9 000 terroristes. Nous les avons repoussés loin de la ligne frontalière. Ils avaient construit des "pentagones" souterrains pour nous frapper, et tout cela, nous le détruisons. Nous développons des capacités anti-drones inédites dans le monde entier. »
Il a par ailleurs critiqué l'accord maritime conclu sous le gouvernement Bennett-Lapid : « Ils ont accepté de céder du territoire maritime, l'Iran a salué, le Hezbollah a salué. Nous, nous ne sommes pas sortis du Liban, nous avons établi une bande de sécurité sur le terrain, dans le cadre d'un accord avec le gouvernement libanais. »
Revenant sur les débuts de la guerre il y a trois ans, il a évoqué sa déception vis-à-vis de Benny Gantz : « Je me suis adressé à tous les partis pour qu'ils nous rejoignent. J'ai accueilli Gantz et j'ai été déçu quand Eizenkot l'a convaincu de partir. Je pense qu'il existe, au sein du peuple, un consensus bien plus large qu'on ne le croit. Nous menons une politique sécuritaire activiste, et nous poursuivons la réforme judiciaire. »
Vers une « large coalition nationale »
Sur la prochaine coalition, Yinon Magal a demandé si les partis orthodoxes et Bezalel Smotrich en feraient partie. Réponse sans détour : « Bien sûr. Je veux un large gouvernement national, ce n'est pas une posture de communication. Après ces élections, ce sera soit un large gouvernement national sous ma direction, soit un gouvernement de gauche étroit dirigé par Eizenkot et Yaïr Golan. Qui entrera ? J'accepte tous ceux qui sont pertinents, zéro exclusion. »
Le procès: « Il n'y a rien car il n'y a jamais rien eu »
Le volet judiciaire a occupé une large partie de l'entretien. Netanyahou est revenu sur l'effondrement, la veille, du chef d'accusation de corruption devant le tribunal : « Il y a eu ici une chasse à l'homme fictive qui s'est effondrée hier au tribunal. Je le disais déjà il y a environ dix ans : "il n'y aura rien, parce qu'il n'y a rien." »
Il a livré un témoignage personnel sur l'impact de ces années de procédure sur sa famille, racontant le travail de son épouse Sara, psychologue scolaire à Jérusalem : « Nous avons traversé un chemin infernal. Ma femme Sara est psychologue dans des écoles religieuses de Jérusalem. Il y avait un enfant dont la mère était sur son lit de mort à l'hôpital Ichilov. Sara a réuni toute la famille qu'ils puissent parler à la mère. Elle est restée avec eux toute la journée, pendant que dehors il y avait des manifestations, des menaces de l'assassiner. »
Il a poursuivi : « Elle est rentrée à la maison ce soir-là et a reçu un appel : la mère était décédée. Puis, toute la nuit jusqu'au matin, elle a guidé l'équipe sur la façon d'accompagner ces enfants dont le monde venait de s'effondrer. Cela se produit jour après jour, mois après mois, année après année, depuis dix ans. Et pas seulement pour nous, pour tous ceux qui nous entourent. »
À la question de Yinon Magal sur l'impact personnel de cette hostilité, Netanyahou a répondu : « Cela me touche énormément, l'atteinte portée à Sara, à mes fils et à tous ceux qui m'entourent. Cela laisse des cicatrices psychologiques, ne vous y trompez pas. Je pense avoir une capacité de concentration que possédaient aussi mon frère Yoni, ainsi que mon père et ma mère. Je suis fait de chair et de sang, mais j'agis dans le cadre d'une mission, et cela est plus fort que tout. Oui, cela me touche, mais la mission est plus forte que tout. »
Sur le fond des accusations, il a affirmé : « Ce dossier s'est déjà effondré il y a plusieurs années, quand les juges ont dit qu'il n'y avait pas de corruption. » Relancé sur les chefs de fraude et abus de confiance encore en jeu, il a assuré : « Ils vont aussi tomber, vous verrez, il n'y a rien. Les juges ont tenté de me pousser vers un accord de plaider-coupable, mais je n'ai pas cédé, je suis dans une mission. »
Interrogé sur la question de savoir pourquoi il préfère une grâce plutôt que de poursuivre le procès pour que la vérité éclate totalement, Netanyahou a rétorqué : « Vous êtes invités à me remplacer là-bas. Ce procès a déchiré le peuple, il a été à la base des mouvements d'exclusion [politique]. Il a aussi provoqué un vertige institutionnel pour le pays, avec des élections répétées. » Il a ajouté : « Nous faisons face à des tâches bien plus grandes. Nous devons réunir le peuple, la fracture est immense et je sais quelles tâches et opportunités nous attendent. Je veux faire avancer le pays. Le procès doit se terminer. »
« Regardez ce que nous avons obtenu grâce à nos combattants »
Netanyahou a revendiqué avoir ignoré les mises en garde internationales à plusieurs reprises : « Les dirigeants du monde disaient : arrêtez-vous à Rafah, n'entrez pas à Rafah, ne prenez pas le corridor de Philadelphie, sinon vous ne ferez pas sortir les otages — et nous les avons tous fait sortir. Ils disaient de ne pas entrer au Liban, regardez ce que nous y avons fait. Ils disaient la même chose pour la Syrie. Mes adversaires politiques ont dit toutes ces choses, et regardez ce que nous avons obtenu grâce à nos combattants. »