Selon plusieurs sources citées par Reuters, Wu a effectué sa visite ces dernières semaines, loin des caméras, et dans la continuité d’un précédent déplacement lui aussi tenu secret : celui du vice-ministre taïwanais de la Défense, venu préparer une coopération stratégique avec Israël. Deux visites à huis clos qui, mises bout à bout, marquent un tournant discret mais décisif dans les relations entre les deux pays.
À peine l’information révélée, l’ambassade de Chine en Israël publiait une réaction tranchante, dénonçant une violation du principe d’« une seule Chine » : « La question taïwanaise touche à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la Chine et constitue une ligne rouge non négociable. Nous appelons Israël à corriger immédiatement ses actions erronées. »
La Chine rappelle aussi que le communiqué fondateur des relations diplomatiques sino-israéliennes reconnaît Taïwan comme « partie intégrante du territoire chinois ». Un rappel à l’ordre qui sonne comme un avertissement : Pékin voit dans ce rapprochement un affront direct — et une remise en cause de son autorité.
Les visites taïwanaises s’inscrivent dans un moment diplomatique particulier. Depuis le 7 octobre, Taïwan — qui se voit souvent comme une démocratie menacée par une puissance autoritaire — a multiplié les signes de soutien à Israël. En retour, Jérusalem observe l’île avec un intérêt renouvelé. Taïwan, tout comme Israël, vit sous la pression constante d’un voisin hostile, scrute les signaux faibles et investit massivement dans la défense antimissile. Les analogies stratégiques ne manquent pas.
Les discussions ont probablement porté — même si aucune confirmation officielle ne l’admettra — sur le système de défense aérienne taïwanais T-Dome, dévoilé à Taipei en octobre. Ce système, inspiré dans son concept et ses composants du Dôme de Fer israélien, symbolise une coopération technologique discrète mais réelle. Selon plusieurs rapports, l'assistance israélienne porterait sur : technologie radar de nouvelle génération, composantes de guidage, modules d’interception et adaptations du système aux scénarios d’invasion chinoise.
Autrement dit : un sujet explosif pour Pékin, obsédée par l’éventualité d’une militarisation de Taïwan soutenue par des puissances étrangères.
Il serait naïf de penser qu’Israël agit seul.
Chaque geste de Jérusalem envers Taipei s’inscrit dans une équation où les États-Unis tiennent la plume. Washington voit en Taïwan un front stratégique central face à la Chine — et en Israël un partenaire technologique clé. Difficile d’imaginer ces visites sans un feu vert américain voire une incitation directe de Washington.
Pékin, évidemment, le sait.