Alors que la contestation se poursuit en Iran, les autorités israéliennes estiment que, malgré son ampleur croissante, le régime des ayatollahs ne se trouve pas à la veille d’un effondrement. À Jérusalem, l’analyse dominante est prudente : l’Iran traverse l’un des épisodes de protestation les plus sérieux de la dernière décennie, sans pour autant atteindre un point de rupture immédiat.
Depuis le 28 décembre, le pays est secoué par un mouvement de colère inédit par son étendue et son intensité, le plus important depuis les manifestations liées au port du hijab en 2022. Pour une large partie de la population iranienne, le sentiment de « ne plus avoir rien à perdre » est devenu le principal moteur de la rue. La vague est partie de Téhéran dans un contexte de crise économique profonde : inflation avoisinant les 41 %, flambée de près de 70 % des prix des produits de première nécessité, salaires mensuels équivalant à la valeur d’un gramme d’or. À cela s’ajoutent une pénurie d’eau aiguë, une corruption endémique et des institutions affaiblies, nourrissant l’idée que le régime a perdu sa capacité à gouverner efficacement. En quelques jours, la contestation s’est propagée à d’autres villes, notamment dans les régions périphériques les plus pauvres, où le chômage est élevé et la défiance envers le pouvoir particulièrement forte. Des bâtiments officiels et des commissariats ont été pris pour cible. En revanche, de vastes zones du pays, au nord, au sud et au nord-est, restent relativement calmes – un calme que les services de sécurité israéliens jugent fragile et temporaire.
La déclaration du président iranien Massoud Pezeshkian, reconnaissant que les caisses de l’État sont vides et que l’aide aux citoyens sera limitée, a attisé encore davantage la colère. Le slogan devenu central – « Ni Gaza, ni le Liban, la vie pour l’Iran » – illustre une critique frontale des priorités du régime, accusé de sacrifier le bien-être de sa population au profit de ses engagements régionaux et de ses guerres par procuration. Les images de commissariats en flammes, de forces de sécurité en retrait et d’un élargissement sociologique de la contestation renforcent l’idée que le seuil de la peur psychologique a été franchi. À Jérusalem, les déclarations du président américain Donald Trump, menaçant d’intervenir en cas de répression sanglante, ont été perçues comme un soutien indirect au mouvement.
Pour autant, les responsables sécuritaires israéliens soulignent les limites structurelles de la contestation. Les revendications ne sont plus seulement économiques, mais politiques : avenir du régime, nature du pouvoir, identité de l’État. Cependant, le mouvement souffre d’un manque de leadership unifié, de divisions internes et de l’absence d’une alternative politique crédible. Reza Pahlavi, fils du shah déchu vivant aux États-Unis, bénéficie d’une certaine sympathie, mais ne dispose d’aucune capacité réelle à diriger la contestation ou à menacer le régime depuis l’étranger.
À ce stade, malgré l’intensité des manifestations, les analystes israéliens ne discernent pas de « moment de bascule ». Les Gardiens de la Révolution et les milices Bassidj conservent leur cohésion et n’ont pas encore déployé toute leur force. L’armée régulière, elle, reste en retrait et ne rejoint pas les protestataires.
Le régime a opté pour une stratégie de containment : promesses de hausses de salaires, allègements fiscaux, annonces de programmes destinés à améliorer le niveau de vie et la sécurité alimentaire. Les forces de sécurité agissent avec retenue, tirant les leçons des manifestations de 2022 afin d’éviter un embrasement incontrôlé. Dans le même temps, Téhéran fixe des lignes rouges claires. Le guide suprême Ali Khamenei affirme que la protestation économique est légitime, mais que la violence et le « trouble à l’ordre public » ne seront pas tolérés. Des vagues d’arrestations ciblées visent ainsi les figures accusées d’incitation, notamment sur les réseaux sociaux. En parallèle, le régime brandit la menace extérieure, évoquant d’éventuelles représailles contre les intérêts américains dans le Golfe et dénonçant une « ingérence étrangère ». Ce narratif permet de ressouder une partie de l’opinion autour d’un ennemi commun : les États-Unis et Israël.
Conclusion partagée à Jérusalem : l’Iran n’est pas au bord d’une révolution immédiate. Les appareils sécuritaires tiennent, les élites restent soudées et l’opposition demeure fragmentée. Mais la crise révèle un malaise profond : une économie exsangue, une jeunesse sans horizon et un régime incapable de proposer de véritables solutions.
Le scénario le plus probable reste celui d’un cycle prolongé de contestation : poussées de colère, accalmies temporaires, concessions limitées – un processus d’usure qui fragilise progressivement la légitimité du pouvoir. La chute du régime, si elle devait se produire un jour, provoquerait un séisme régional majeur, notamment en Irak et au Liban. Pour l’heure, l’Iran se trouve à un carrefour critique : ni révolution imminente, ni véritable stabilité.
POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER QUOTIDIENNE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIl CLIQUEZ ICI : https://israj.media-j.com/newsletter
POUR RECEVOIR NOS INFORMATIONS EN DIRECT SUR WHATSAPP CLIQUEZ ICI http://tiny.cc/IsrajInfoIsrael