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Khamenei cédera-t-il aux exigences de Trump ?

L’Iran explore actuellement l’ensemble des canaux diplomatiques possibles afin de faire face aux tensions croissantes avec les États-Unis, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a indiqué hier que Téhéran espérait des avancées concrètes dans un avenir proche.

5 minutes
3 février 2026

ParNathalie Sosna Ofir

Khamenei cédera-t-il aux exigences de Trump ?
Les concessions de Khamenei sur le nucléaire iranien devraient être limitées et essentiellement techniques.

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Dans le même temps, le New York Times a rapporté qu’Iran envisageait de suspendre, voire de fermer temporairement son programme nucléaire dans le cadre d’un accord avec Washington, une hypothèse exceptionnelle au regard de son refus constant de renoncer à l’enrichissement de l’uranium. Selon le quotidien américain, cette option viserait avant tout à réduire la forte escalade avec les États-Unis, alors qu’une frappe américaine est perçue comme une menace crédible. Téhéran privilégierait toutefois un autre schéma, déjà évoqué par le passé : la création d’un consortium régional pour l’énergie nucléaire civile, avec un enrichissement de l’uranium réalisé hors du territoire iranien.

Selon plusieurs sources, un message transmis personnellement par le guide suprême, Ali Khamenei, au président russe Vladimir Poutine, signalerait également la disposition de l’Iran à transférer ses stocks d’uranium enrichi vers la Russie, sur le modèle de l’accord nucléaire de 2015. Le Kremlin a confirmé que la question du transfert de l’uranium figure depuis un certain temps à l’agenda des discussions.

Par ailleurs, le Wall Street Journal rapporte que des pourparlers directs pourraient se tenir vendredi à Istanbul entre l’émissaire américain Steve Witkoff et le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Il s’agirait d’un premier contact officiel en face-à-face. Selon le journal, Jared Kushner et des représentants de haut niveau de pays de la région pourraient également y participer, bien qu’aucune confirmation officielle n’ait encore été donnée.

Ali Shamkhani, conseiller principal de Khamenei, a déclaré dans la nuit à la chaîne libanaise Al-Mayadeen que des réunions seraient possibles si les menaces cessaient et si des conditions « déraisonnables » n’étaient pas imposées. Il a précisé que l’Iran serait prêt à réduire le niveau d’enrichissement à 20 %, tout en soulignant que « l’autre partie devra payer un prix ». Selon lui, les négociations se feraient exclusivement avec Washington, sans intermédiaires.

Les lignes rouges de Khamenei

La question centrale demeure : Ali Khamenei est-il prêt à faire des concessions, voire à céder aux exigences de Donald Trump ? Et surtout, quelle est la ligne rouge qu’il refuse de franchir ? Selon de hauts responsables sécuritaires israéliens, l’Iran ne serait disposé à des compromis que sur le dossier nucléaire, et encore de manière limitée. Téhéran accepterait d’examiner différentes options concernant la poursuite de l’enrichissement et le sort des quelque 400 kilos d’uranium enrichis à 60 %, mais refuserait catégoriquement d’abandonner le droit même d’enrichir de l’uranium, une exigence sur laquelle Trump insiste. D’après ces sources, l’Iran chercherait avant tout à gagner du temps jusqu’à la fin du mandat de Trump, avant de reprendre sa trajectoire initiale, y compris la possibilité de développer une arme nucléaire.

Khamenei a répété à plusieurs reprises que « les principes fondamentaux de la Révolution sont une ligne rouge non négociable ». Cela signifie qu’aucun compromis ne saurait porter atteinte aux fondements idéologiques du régime, à l’indépendance de l’État ou à son influence régionale. Cette doctrine guide sa réponse à toute pression extérieure, en particulier face aux menaces américaines. Selon lui, « il est impossible de céder à une pression visant à forcer un pays à renoncer à sa sécurité et à son indépendance ».

Dans cette logique, toute tentative américaine d’imposer à l’Iran un abandon total de ses capacités sécuritaires, nucléaires ou militaires serait perçue comme une atteinte directe à la souveraineté nationale. Pour Khamenei, la puissance ne se mesure pas uniquement à la force militaire, mais aussi à la capacité de résister durablement à la pression sans renier ses principes fondamentaux.

Cette vision transparaît également dans ses déclarations passées : « Un accord dictatorial ne garantit pas notre souveraineté ; nous devons nous défendre par nos propres moyens. » Une formule qui illustre sa profonde méfiance envers les grandes puissances, au premier rang desquelles les États-Unis, et son insistance sur l’autonomie stratégique.

La stratégie de Khamenei repose sur un équilibre entre fermeté idéologique et calcul pragmatique, en fonction du contexte régional et international. Depuis l’élimination du général Qassem Soleimani en Irak en 2020 par les États-Unis, le guide suprême se trouve dans l’obligation de projeter force et détermination face à Trump et à sa politique agressive. L’évaluation dominante est donc qu’il ne cédera pas sur les principes fondamentaux du régime, mais qu’il pourrait consentir, contraint, à des concessions limitées, essentiellement techniques, sur le programme nucléaire, tant qu’elles ne portent pas atteinte à la souveraineté iranienne.

Toujours selon ces évaluations, Khamenei n’acceptera aucun accord pouvant être interprété comme une capitulation : il ne renoncera ni au développement de missiles balistiques, ni à l’influence régionale de l’Iran à travers ses réseaux et alliés, ni à sa capacité de dissuasion face à ses adversaires, au premier rang desquels Israël.

Du point de vue israélien, l’Iran cherche avant tout à gagner du temps et à neutraliser la possibilité d’une frappe militaire américaine. Des avertissements clairs à ce sujet ont été transmis à l’administration Trump.

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