Dans le même temps, le New York Times a rapporté qu’Iran envisageait de suspendre, voire de fermer temporairement son programme nucléaire dans le cadre d’un accord avec Washington, une hypothèse exceptionnelle au regard de son refus constant de renoncer à l’enrichissement de l’uranium. Selon le quotidien américain, cette option viserait avant tout à réduire la forte escalade avec les États-Unis, alors qu’une frappe américaine est perçue comme une menace crédible. Téhéran privilégierait toutefois un autre schéma, déjà évoqué par le passé : la création d’un consortium régional pour l’énergie nucléaire civile, avec un enrichissement de l’uranium réalisé hors du territoire iranien.
Selon plusieurs sources, un message transmis personnellement par le guide suprême, Ali Khamenei, au président russe Vladimir Poutine, signalerait également la disposition de l’Iran à transférer ses stocks d’uranium enrichi vers la Russie, sur le modèle de l’accord nucléaire de 2015. Le Kremlin a confirmé que la question du transfert de l’uranium figure depuis un certain temps à l’agenda des discussions.
Par ailleurs, le Wall Street Journal rapporte que des pourparlers directs pourraient se tenir vendredi à Istanbul entre l’émissaire américain Steve Witkoff et le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi. Il s’agirait d’un premier contact officiel en face-à-face. Selon le journal, Jared Kushner et des représentants de haut niveau de pays de la région pourraient également y participer, bien qu’aucune confirmation officielle n’ait encore été donnée.
Ali Shamkhani, conseiller principal de Khamenei, a déclaré dans la nuit à la chaîne libanaise Al-Mayadeen que des réunions seraient possibles si les menaces cessaient et si des conditions « déraisonnables » n’étaient pas imposées. Il a précisé que l’Iran serait prêt à réduire le niveau d’enrichissement à 20 %, tout en soulignant que « l’autre partie devra payer un prix ». Selon lui, les négociations se feraient exclusivement avec Washington, sans intermédiaires.
Les lignes rouges de Khamenei
La question centrale demeure : Ali Khamenei est-il prêt à faire des concessions, voire à céder aux exigences de Donald Trump ? Et surtout, quelle est la ligne rouge qu’il refuse de franchir ? Selon de hauts responsables sécuritaires israéliens, l’Iran ne serait disposé à des compromis que sur le dossier nucléaire, et encore de manière limitée. Téhéran accepterait d’examiner différentes options concernant la poursuite de l’enrichissement et le sort des quelque 400 kilos d’uranium enrichis à 60 %, mais refuserait catégoriquement d’abandonner le droit même d’enrichir de l’uranium, une exigence sur laquelle Trump insiste. D’après ces sources, l’Iran chercherait avant tout à gagner du temps jusqu’à la fin du mandat de Trump, avant de reprendre sa trajectoire initiale, y compris la possibilité de développer une arme nucléaire.
Khamenei a répété à plusieurs reprises que « les principes fondamentaux de la Révolution sont une ligne rouge non négociable ». Cela signifie qu’aucun compromis ne saurait porter atteinte aux fondements idéologiques du régime, à l’indépendance de l’État ou à son influence régionale. Cette doctrine guide sa réponse à toute pression extérieure, en particulier face aux menaces américaines. Selon lui, « il est impossible de céder à une pression visant à forcer un pays à renoncer à sa sécurité et à son indépendance ».
Dans cette logique, toute tentative américaine d’imposer à l’Iran un abandon total de ses capacités sécuritaires, nucléaires ou militaires serait perçue comme une atteinte directe à la souveraineté nationale. Pour Khamenei, la puissance ne se mesure pas uniquement à la force militaire, mais aussi à la capacité de résister durablement à la pression sans renier ses principes fondamentaux.