Israël est régulièrement critiqué, condamné, mis au banc dans les conditions que l’on sait. Tour récemment, JL Mélenchon poussait l’outrance en répondant à une question d’une journaliste osant déclarer qu’Israël est le pays le plus dangereux du Moyen Orient.
Il y a là une double outrance. D’abord la question sur mesure qui lui est posée par une journaliste complaisante qui ne cherchait semble-t-il pas autre chose qu’à obtenir une telle réponse du leader insoumis. La réponse acquise, elle est entérinée comme une sorte d’évidence, presque une lapalissade, un axiome désormais acquis et attesté qui fait de l’Etat juif le paria régional pour ne pas dire global.
Je crois que nous touchons du doigt l’un des excès permanent de la couverture médiatique dédiée à Israël : sa démesure permanente.
La constante recherche de la sensation qui fait d’un Jean Luc Mélenchon et de tous ses acolytes, des proies de prédilection pour les médias. Des médias qui font fi de la banalisation de l’antisémitisme et de la haine auxquels ils contribuent chaque jour.
Car comment interpréter autrement cette odieuse accusation ? Faut-il donc à ce point rappeler des évidences ?
Israël est agressé de toutes parts sur plus de 7 fronts : le Hezbollah qui utilise le territoire libanais pour harceler notre pays et sa population civile depuis des années, plus particulièrement depuis le 8 octobre 2023.
C’est le Hamas qui depuis plus de 20 ans utilise la Bande de Gaza pour bombarder Israël. C’est le Hamas qui a lancé l’offensive des massacres du 7 octobre.
Ce sont les autres proxys iraniens en Irak et au Yémen qui lancent leurs missiles sur les villes israéliennes.
Ce sont les factions terroristes palestiniennes qui commettent chaque jour des attentats contre les civils israéliens en Judée-Samarie et dans tout le reste du pays.
C’est l’Iran qui, outre l’action des organisations qu’elle entretient, finance, arme et commandite à nos frontières, met en œuvre son programme nucléaire et balistique destiné à nuire à Israël, a ouvert les hostilités directes le 13 avril 2024 par le lancement de plus de 350 missiles contre le territoire israélien.
Comment donc oser accuser Israël, le pays du monde le plus agressé et qui ne fait que se défendre, d’être le pays le plus dangereux de la région ?
C’est à ce stade que la question de la légitimité de la critique d’Israël se pose pour savoir s'il faut y voir une marque d’antisémitisme.
La réponse est très simple car la légitimité de la critique d’Israël n’est pas à prouver. Ce n’est pas un sujet. C’est une évidence. Nous allons sans doute vers des élections anticipées car notre gouvernement est critiqué par notre parlement qui relaie lui-même la critique permanente exprimée par beaucoup de nos médias et par les citoyens israéliens. Donc aucune leçon à recevoir dans ce domaine.
Ceci-dit, il me semble très clair qu’il existe une passerelle permanente entre la critique outrancière et obsessionnelle d’Israël et l’antisémitisme.
L’ancien Refuznik Anatoly Sharansky a vécu dans son âme et dans sa chair l’antisémitisme dans les goulags soviétiques. Lorsqu’il était Président mondial de l’Agence juive, il avait défini des critères objectifs, une sorte de test qui peut servir d'outil conceptuel pour définir les limites entre la critique légitime de l'État d'Israël, de ses actions et de sa politique, et une critique non légitime qui devient de l'antisémitisme.
Il s’agit de la théorie des 3 D.
D pour Délégitimation qui consiste à dénier au peuple juif le droit à l'autodétermination, c'est-à-dire à proclamer que l'existence de l'État d'Israël est une entreprise raciste ou coloniale. Ce discours discrimine les Juifs en leur refusant le droit à un Etat quelles que soient ses frontières.
D pour Double standard qui se réfère à l'application d'un standard moral différent pour les Juifs et pour Israël, par rapport au reste du monde. Comme la délégitimation, le double standard discrimine un groupe spécifique constitue une marque d'antisémitisme.
D comme Diabolisation ou Démonisation ; il s’agit, exactement comme dans la représentation des Juifs aux temps anciens ou au moyen-âge, de présenter l’Etat d’Israël comme une entité diabolique, démoniaque, belliqueuse voire satanique.
N’est-ce donc pas exactement ce qu’a fait Jean Luc Mélenchon ?
Daniel Saada était ambassadeur d'Israël en France
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