France

Boycotté pour avoir dénoncé l'antisémitisme: Jean Quatremer privé de parole par le gouvernement

Le gouvernement français a brutalement annulé la conférence du journaliste européen Jean Quatremer au Cycle supérieur du développement durable (CSDD) qui devait se tenir hier.

3 minutes
10 juin 2026

ParGuitel Benishay

Boycotté pour avoir dénoncé l'antisémitisme: Jean Quatremer privé de parole par le gouvernement

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L'intervention de Jean Quatremer qui devait se tenir hier (mardi) était programmée depuis fin avril auprès de soixante hauts dirigeants de l'État. Elle devait initialement porter sur un sujet strictement européen : « les résistances internes des institutions communautaires au détricotage du Green deal ».

Pourtant, à la veille de l'événement, la haute administration a subitement décommandé l'éditorialiste. Un courriel non signé, transmis par les responsables de la formation rattachée au ministère de la Transition écologique de Monique Barbut, évoque de simples « raisons techniques » tout en exigeant le maintien de la confidentialité. Une formulation managériale opaque qui dissimule mal un choix éminemment politique.

L'élément déclencheur de cette éviction remonte au 29 mai 2026. Jean Quatremer publie sur sa page Facebook personnelle la photo d’une peinture murale de l'artiste contemporain AleXsandro Palombo. L'œuvre représente Adolf Hitler portant un keffieh et un brassard marqué du mot « hate » (haine), une satire visant à dénoncer la nature de certaines manifestations anti-Israël.

Cette publication a immédiatement déclenché une violente polémique au sein de la gauche radicale. Selon le journaliste, « l'écosystème insoumis » (LFI) n'a pas toléré cette critique, initiant une campagne de dénigrement contre lui.

Le vendredi précédant la conférence, Jean Quatremer reçoit un appel de l’une des responsables de la formation du CSDD lui annonçant son éviction. Les coulisses de cette décision révèlent une capitulation de la haute administration face à la pression politique. Une sous-directrice de l'administration, dont l'identité est restée secrète malgré les demandes du journaliste, a exigé l'annulation de l'intervention. La fonctionnaire s'est dite « très peinée » mais affirmait craindre que la seule présence du journaliste ne provoque une polémique parmi les étudiants. Refusant d'assumer publiquement ce choix, la sous-directrice a envoyé un courriel interne non signé aux organisateurs de la session, affirmant que l'annulation était due à des « raisons techniques ».

Pour Jean Quatremer, cette affaire marque un tournant politique et démocratique extrêmement grave en France. Alors que la censure ou le boycott lié au conflit israélo-palestinien touchait jusqu'à présent des événements privés ou des mobilisations universitaires, c'est désormais l'État qui applique ces méthodes. « Cette fois-ci, on franchit un seuil : c'est directement une formation gérée par un ministre de la République qui efface un supposé "complice des génocidaires", une expression chère à LFI. Autant pour la liberté d'expression garantie par la Constitution française », dénonce l'éditorialiste.

« Cet enchainement de petites lâchetés, de peurs, de volonté de complaire à l'idéologie supposée dominante du moment me rappelle une période historique, mais laquelle? », conclut Jean Quatremer dans un post sur X.


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