Vie politique

"Les otages ont été libérés grâce à moi" : Smotrich déclenche une levée de boucliers

Beaucoup rappellent que le ministre s’est opposé ou n’a apporté qu’un soutien conditionnel aux différents accords de libération des otages

4 minutes
29 juin 2026

ParJohanna Afriat

"Les otages ont été libérés grâce à moi" : Smotrich déclenche une levée de boucliers
Betsalel Smotrich Photo by Yonatan Sindel/Flash90

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Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a suscité une vive polémique dimanche en affirmant que le retour de l’ensemble des otages israéliens détenus à Gaza était en grande partie le résultat de son action politique. Des déclarations qui ont provoqué la colère d’anciens otages et de familles de captifs, lesquels l’accusent d’avoir au contraire retardé leur libération en s’opposant à plusieurs accords avec le Hamas.

Invité du podcast All In animé par Nadav Perry, le dirigeant du Parti du sionisme religieux a estimé avoir joué un rôle déterminant dans la conduite de la guerre. « Je pense avoir eu un impact considérable, voire décisif, sur la guerre. Sans moi, elle se serait arrêtée avant même l’opération de Rafah », a-t-il déclaré.

Le ministre est allé plus loin en affirmant : « Contrairement à l’image d’une personne sans cœur qui ne se soucie pas des otages, je pense que c’est grâce à moi que tous les otages sont aujourd’hui de retour. »

Pour justifier cette affirmation, Bezalel Smotrich a expliqué qu’après l’accord conclu en janvier 2025, qui avait permis la libération de la plupart des otages encore en vie, un nouveau compromis prévoyait la libération de seulement huit captifs supplémentaires, laissant douze autres entre les mains du Hamas.

« Si, à ce moment-là, je n’avais pas fixé une ligne rouge et dit à Benyamin Netanyahou que cela n’arriverait pas, nous serions encore aujourd’hui en train de négocier un accord après l’autre », a-t-il assuré.

Cette lecture des événements est toutefois contestée et suscite de de vives réactions. Beaucoup rappellent que Bezalel Smotrich s’est opposé ou n’a apporté qu’un soutien conditionnel aux différents accords de libération des otages, estimant que la priorité devait rester la poursuite de l’offensive militaire et le renversement du Hamas. À plusieurs reprises, il menacé de retirer son parti de la coalition gouvernementale si un accord qu’il jugeait inacceptable était signé.

Libéré en février 2025, l’ancien otage Or Levy a dénoncé sur les réseaux sociaux une « propagande manipulatrice ». « Si vous voulez dire que c’est grâce à vous que des otages ont été assassinés pendant que vous faisiez échouer des accords, alors oui », a-t-il écrit. « Si cela n’avait tenu qu’à vous, nous ne serions toujours pas rentrés aujourd’hui. » Il a également accusé le ministre de considérer les otages comme de simples « dommages collatéraux », le qualifiant de « ministre honteux, citoyen honteux et être humain honteux ».

Gil Dickmann, dont la cousine Carmel Gat a été assassinée en captivité en août 2024, a lui aussi vivement réagi. « Carmel a été assassinée parce que vous avez refusé de la ramener à temps », a-t-il écrit sur X. « Si, à vos yeux, ramener une personne vivante ou ramener son corps revient au même, alors vous méritez pleinement le titre de “ministre du sacrifice des otages”. » Il a également qualifié Bezalel Smotrich de « menteur ignoble et sans cœur ».

La polémique a encore pris une autre ampleur lundi après-midi. Lors d’une cérémonie organisée pour inaugurer les quartiers renouvelés de localités frontalières de Gaza, Eyal Eshel, père de Roni Eshel, observatrice de Tsahal tuée le 7 octobre 2023 au poste militaire de Nahal Oz, a publiquement pris à partie le ministre des Finances.

« Bezalel, regarde-moi ! Descends de scène ! Tu n’as rien à faire ici, tu avais promis de démissionner. Ma Roni a été brûlée vive et tu es venu ici pour faire de la communication. Tu insultes tous ceux qui sont tombés et qui ne sont plus là aujourd’hui », a-t-il lancé d’une voix chargée d’émotion, sous les regards des participants.

Le ministre lui a répondu depuis la tribune : « Je t’aime, Eyal. Je tiens également à remercier ceux qui sont en colère contre moi. Si j’étais à leur place, je les comprendrais. »

Mais Eyal Eshel a immédiatement répliqué, faisant référence aux déclarations de Bezalel Smotrich de la veille. « Tu as voté contre le retour des otages. Si tu m’aimais, tu aurais protégé Roni. Honte à toi ! », a-t-il déclaré.

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