Alors que la communauté druze est prise pour cible, Israël se retrouve face à un dilemme stratégique majeur : est-il possible de nouer une coopération sécuritaire avec Damas comme le souhaite ardemment le président américain Donald Trump tout en défendant les minorités menacées ? Se pose don bien sûr la question de confiance envers le président syrien Ahmad al-Sharaa.
Depuis la chute définitive du régime Assad, une nouvelle réalité politique s’est installée en Syrie. À sa tête, celui que l'on connait sous son nom de guerre, Abu Mohammed al-Julani – ancien chef du Front al-Nosra, aujourd’hui présenté comme un dirigeant pragmatique, désireux de normalisation et d’ouverture vers l’Occident. Julani cherche à s’imposer comme un interlocuteur légitime, capable de stabiliser une Syrie fragmentée, tout en obtenant un soutien économique des puissances du Golfe et des États-Unis.
Pour Israël, cette évolution a un intérêt évident : la possibilité d’un partenariat sécuritaire.. Des canaux de dialogue informels ont été explorés, et des scénarios de coopération contre les milices chiites ont même été évoqués.
Mais sur le terrain la réalité est plus complexe. Des attaques brutales de l’armée syrienne contre des localités druzes à Soueïda et dans le Djebel Druze viennent percuter de plein fouet cette dynamique. Car ces opérations, menées avec des blindés et des unités mécanisées, n’ont pu être ordonnées sans l’aval du haut commandement syrien – voire de Julani lui-même.
Dès lors, la confiance vacille. Est-ce une stratégie de contrôle territorial assumée ? Ou bien la manifestation d’un pouvoir éclaté, où certains généraux agissent de leur propre chef ? Dans les deux cas, Israël se heurte à une ambiguïté qui mine toute perspective d’alliance : soit Julani ne maîtrise pas son armée, soit il tolère, voire orchestre, des exactions contre des minorités vulnérables.
Le passé jihadiste de Julani continue de peser lourd. S’il s’emploie à soigner son image de leader modéré, son entourage reste, pour partie, composé d’ex-membres de groupes salafistes. La haine idéologique envers les Druzes, les alaouites ou les chiites est profondément ancrée chez certains de ses commandants. Et même si Julani proclame aujourd’hui vouloir punir les auteurs d’attaques contre les civils, ses actes peinent à suivre ses paroles.