International

Les Houthis vulnérables, enfin ?

Les Houthis du Yémen continuent, depuis le 7 octobre, à défier Israël par leurs tirs de missiles et drones, après des mois de frappes de Tsahal sans effet dissuasif, celle d'hier à Sanaa, qui aurait visé les plus hauts responsables militaires du mouvement, pourrait marquer un changement de cap dans ce duel à distance.

3 minutes
29 août 2025

ParNathalie Sosna Ofir

Les Houthis vulnérables, enfin ?
Tsahal

Désolé, votre navigateur ne supporte pas la synthèse vocale.

Depuis le déclenchement de la guerre de « Epées de fer », Israël a infligé coup sur coup à ses ennemis : le Hamas a été écrasé, le Hezbollah défait, l’Iran humilié, les terroristes de Judée-Samarie traqués et l’armée syrienne sévèrement affaiblie. Mais un adversaire, quasiment inconnu du grand public israélien avant le 7 octobre, continue de défier Tsahal : les Houthis du Yémen. Malgré les frappes, ils persistent à tirer missiles et drones vers Israël et à attaquer des navires en mer Rouge. Hier, Jérusalem espérait avoir porté à ce mouvement soutenu par l’Iran son coup le plus sévère.

La frappe a eu lieu quelques heures après l’interception de deux nouveaux drones houthis. La cible : une réunion de hauts responsables du mouvement, rassemblés pour suivre à la télévision le discours hebdomadaire de leur chef, Abdel-Malik Badr al-Din al-Houthi. Tsahal aurait tiré plusieurs missiles successifs sur un même site souterrain, une méthode rappelant les éliminations de figures du Hezbollah ou du Hamas.

Israël visait notamment le ministre de la Défense houthi, Mohammed al-Aatifi, et le chef d’état-major de l’organisation, Mohammed Abdel Karim al-Ghamari, déjà ciblé sans succès en juin. Il semble vraisemblable que cette fois, la cible ait été atteinte.

Le chef du mouvement, Abdel-Malik al-Houthi, 46 ans, reste toutefois une proie beaucoup plus difficile : il n’apparaît jamais en public et diffuse ses discours uniquement par vidéo. Il vivrait caché dans une grotte en zone montagneuse et se déplacerait fréquemment pour éviter toute localisation.

Les Houthis disposent de deux atouts majeurs : leur indifférence au sort de la population qu’ils contrôlent – plongée dans l’une des pires crises humanitaires mondiales, avec près de 20 millions de personnes dépendantes de l’aide – et la distance géographique, qui rend toute opération terrestre israélienne pratiquement impossible. Même la campagne américaine de frappes en 2023-2024 s’était conclue par un échec, les Houthis ayant résisté et repris leurs attaques contre la navigation internationale.

Israël a multiplié les frappes contre ports, bases aériennes, dépôts de pétrole et infrastructures électriques, plongeant Sanaa et Hodeida dans le noir. Sans effet dissuasif : les tirs de missiles et de drones ont continué.

Un tournant dissuasif ?

Si la frappe de Sanaa a effectivement éliminé des dirigeants de haut rang, ce serait une première depuis le début de la confrontation. Mais les Houthis n’ont pas tardé à répliquer sur le plan rhétorique. « Nous sommes prêts pour une longue bataille et un affrontement direct avec Israël », a déclaré hier Mohammed al-Bukhaiti, un cadre du mouvement, promettant de poursuivre les attaques « tant que la guerre à Gaza se poursuivra ». Leur bureau politique a, de son côté, nié toute perte parmi ses dirigeants et accusé Israël de cibler « des objectifs civils ».

À long terme, seule une coopération étroite entre Israël, les États-Unis, les pays du Golfe et les forces du sud du Yémen pourrait menacer véritablement le pouvoir houthi. Mais pour l’heure, la fin des tirs dépend sans doute davantage d’un éventuel accord à Gaza que des bombardements au Yémen. Car malgré les milliards de dollars de dégâts, les Houthis parviennent à réhabiliter rapidement certaines infrastructures et continuent de percevoir taxes, pétrole et soutiens iraniens. De quoi alimenter leur guerre – et maintenir Israël sur ses gardes.

Boaron blue