La République française se retrouve poursuivie devant le tribunal administratif de Paris pour occupation présumée illégale de la résidence abritant l'ambassade de France à Bagdad. L'affaire, révélée vendredi, met en lumière une histoire complexe de spoliation de biens juifs dans l'Irak d'après-guerre.
« Malheureusement, la République française squatte un immeuble qui n'est pas le sien », dénonce Maître Jean-Pierre Mignard, l'avocat représentant les descendants des propriétaires légitimes. Il s'agit d'un bâtiment de 3 800 mètres carrés accompagné d'un jardin de 1 150 mètres carrés, qui appartenait aux frères Ezra et Khedouri Lawee, membres de la communauté juive irakienne ayant fui au Canada à la fin des années 1940.
Cette émigration s'inscrivait dans le contexte de l'exode massif des juifs du monde arabe, alors en pleine effervescence. Malgré leur exil, les frères Lawee étaient restés propriétaires du bien.
L'avocat réclame près de 21,5 millions d'euros pour ses clients : des loyers impayés depuis 1969 pour le montant principal et depuis 1974 pour une somme complémentaire, auxquels s'ajoutent 7 millions d'euros au titre du préjudice moral.
La diplomatie française conteste fermement l'accusation de squat. Dans une argumentation présentée cet été, le ministère des Affaires étrangères affirme avoir signé un contrat de location avec les propriétaires prenant effet en 1965. Des accords auraient également été conclus avec les autorités irakiennes.