A la lecture des documents publiés ce soir (jeudi) par le Premier ministre Netanyahou, il ressort qu'au coeur des débats sécuritaires au plus haut niveau de l'Etat, l'hypothèse défendue par les services sécuritaires était que le Hamas ne cherchait pas le conflit.
Voici quelques extraits du document de 55 pages publiés par le Premier ministre.
Ainsi, d'après les protocoles d'une réunion en date du 12 février 2023, le chef d'état-major Halévy, le chef du Shabak Bar et le ministre de la Défense Gallant parlent d'une même voix pour dire que le Hamas n'est pas en capacité d'attaquer Israël.
Le chef du renseignement militaire Halioua : ... Sinouar reste attaché à la stratégie de ne pas entraîner Gaza dans la guerre... Le Hamas ne pense pas que c'est le bon moment pour lui d'entrer en confrontation avec Israël.
Le Premier ministre, Binyamin Netanyahou : ... J'ai un peu d'expérience... nous avons connu plusieurs cas où le Hamas n'avait aucun intérêt à nous affronter et il a été entraîné par des choses qui ont progressivement fait monter la tension dans la rue palestinienne et gazaouie...
Le chef d'état-major, Herzi Halevi : ... Je vois la façon de penser de Sinwar qui essaie de faire le maximum pour ne pas trop enflammer les choses et le minimum pour montrer qu'il est encore pertinent...
Le chef du Shin Bet, Ronen Bar : ... dans cette pièce maintenant à Gaza chez Sinwar, il n'y a aucune raison de changer quoi que ce soit. Tout d'abord, selon la théorie du cheikh Yassine, ils travaillent par tranches d'une génération du désert, de quarante ans - ce qui signifie que depuis 1987, ils doivent attendre jusqu'en 2027 pour terminer la période d'une génération et passer à leur confrontation, donc ils ont encore du temps... Autre chose, Yahya Sinwar est un leader sobre, il n'est pas prêt pour une guerre de résurrection...
Le ministre de la Défense, Yoav Gallant : Le Hamas à Gaza a perdu une partie considérable de ses capacités suite à nos actions au fil des années, autrefois il pouvait faire beaucoup de choses - par exemple passer par les axes maritimes, traverser par des tunnels, faire irruption dans des opérations terrestres... Toutes ces choses ne lui sont plus accessibles, et le seul axe qui lui reste c'est le tir de roquettes, et il est dans une situation où 95% avant de toucher Israël.
Extraits de la réunion du cabinet du 27 septembre 2023:
Représentant du renseignement militaire: Dans la Bande de Gaza, nous sommes face à des manifestations depuis plusieurs jours... Ces manifestations sont le résultat d'une politique dirigée par Sinwar, sa directive est d'exercer une pression à la clôture pour créer une négociation... afin d'améliorer la situation dans la Bande de Gaza... Il essaie de garder cela maîtrisé... À la lumière de leur compréhension qu'ils ne veulent pas arriver à une escalade... L'essentiel de leur discours porte sur la volonté de baisser les tensions pour donner la possibilité d'arriver à des accords autour de ses demandes... La plupart sont liées à la vie quotidienne dans la Bande de Gaza... La plupart de ses demandes sont authentiques, c'est-à-dire qu'il y a un préjudice réel...
Le chef du Shin Bet, Ronen Bar : ...Je dirais que c'est une satisfaction partielle du Hamas... Ils ne veulent vraiment pas entrer dans un cycle de combat et donc ils essaient de formaliser cela...
Le ministre de la Défense, Yoav Gallant : Je pense que le Hamas signale son désir d'un arrangement prolongé. Je pense que cette affaire a mûri, du moins pour moi... Notre intérêt est d'arriver à un arrangement prolongé dans la Bande de Gaza et certainement pas de lancer un conflit maintenant... À mon avis, le Hamas ne le veut pas non plus, comme je l'ai dit... Ma recommandation est d'avancer sur la voie des arrangements avec le Hamas dans le but de rechercher un apaisement prolongé ; d'améliorer la situation humanitaire dans la Bande de Gaza... À court terme, ce sont des emplois et des projets divers et à long terme ce sont des infrastructures d'énergie, d'eau et ainsi de suite...
Le Premier ministre, Binyamin Netanyahu : Il nous est demandé en ce moment de limiter la confrontation, mais tout en exerçant une force contrôlée... Tu vois que ça fonctionne sur eux...
Même discours d'apaisement lors de la réunion du cabinet du 1er octobre 2023, 6 jours avant le massacre:
Représentant du renseignement militaire : "Après une semaine difficile dans la Bande de Gaza, dans l'ensemble une crise menée par Sinwar dont il était clair dès le début que sa motivation était civile-économique et qu'il y avait une grande volonté de ne pas arriver à une escalade... Les accords créent un potentiel pour préserver le calme... Quiconque connaît Sinwar... c'est du Sinwar classique - il crée une crise pour obtenir quelque chose en retour, maîtrise très bien la crise, très têtu pendant la crise et réussit à la gérer sur la durée, mais sait aussi s'arrêter quand il le faut... Il semble que son souhait soit de revenir au calme..." du moins pour l'instant.
Le Premier ministre, Binyamin Netanyahu : "Il faut dire qu'ils ont aussi été surpris par la facilité avec laquelle ils ont directement obtenu ce qu'ils voulaient... En ce moment dans leur perception, Israël est actuellement sous pression et leur cède. Il faut comprendre cela... Ce processus peut conduire à ce qu'ils exercent à nouveau des pressions et que nous nous retrouvions encore dans cette situation... Prenons cela en compte..."
Le chef du Shin Bet, Ronen Bar : "...On peut être très très généreux et même tentant sur les questions humanitaires... Je dis cela avec regret, mais je ne pense pas que nous pourrons pas dans toute la constellation qui est connue ici initié un affrontement..."
Le ministre de la Défense, Yoav Gallant : "... Le potentiel a été créé pour ne pas arriver à une escalade pendant les fêtes... Il nous a fallu environ trois quatre jours pour comprendre ce que Sinwar voulait, pourquoi ces émeutes ont commencé... Le principal risque face aux Palestiniens en ce moment réside dans des décisions ou des actes israéliens non maîtrisés... C'est-à-dire que celui qui pourrait déstabiliser la situation de la manière la plus importante c'est un ministre parmi les ministres du gouvernement d'Israël... Nous avons un intérêt profond à parvenir au calme dans la Bande de Gaza. Nous n'avons rien à gagner à une agitation dans la Bande de Gaza... En ce qui concerne les lignes d'action que je vois : Bande de Gaza, apaisement..."
Dans un document publié par le renseignement militaire le 14 septembre 2023, trois semaines avant le massacre, le renseignement militaire poursuit sur cette ligne selon laquelle le Hamas cherche le calme:
Titre : "La situation intérieure en Israël : un facteur central dans l'évaluation de la situation par le Hamas ; un effet dissuasif dans la Bande de Gaza et une opportunité multi fronts"
Dans le corps du document : "À court terme, le Hamas perçoit Israël comme plus dangereux et moins prévisible, ce qui constitue un facteur supplémentaire dans l'évaluation de la situation du mouvement qui le dissuade d'entreprendre une action militaire... Pour la direction de la Bande de Gaza, l'analyse du risque d'une action israélienne constitue une justification supplémentaire à la stratégie de 'préservation du calme' que prône de toute façon la direction..." du Hamas.
Les documents remontent plus tôt encore dans 2023.
En mai 2023, le Premier ministre a ordonné l'opération 'Bouclier et Flèche', après que l'organisation terroriste du Jihad islamique a tiré des roquettes sur Israël avec l'autorisation du Hamas. Ci-après extrait de l'évaluation de la situation 'Bouclier et Flèche' du 2 mai 2023 :
Le chef d'état-major, Herzi Halevi : ...La première priorité est de cibler spécifiquement le Jihad islamique... Cela rate un peu l'objectif de faire payer au Hamas le prix d'avoir donné son parrainage... Il y a la possibilité de faire les deux, je ne pense pas que ce soit correct...
Le ministre de la Défense, Yoav Gallant : ...Il faut éliminer un haut responsable du Jihad islamique et ensuite continuer avec le Hamas...
Le Premier ministre, Binyamin Netanyahu : ...Je pense que nous sommes face à un test encore plus large... Il y a une évaluation chez eux, et par eux je veux dire le Hezbollah, Assad, les Iraniens, le Hamas et le Jihad islamique, que nous sommes dissuadés. Notre dissuasion a été atteinte et ce n'est pas seulement un devoir, c'est aussi une opportunité de corriger cela... Ici c'est le prix d'un round de combats, cela peut être un round prolongé, nous pouvons restaurer la dissuasion. Cette dissuasion est également requise en raison de cet événement... Et je voudrais vous poser une question - avez-vous Mohammed Deif ?
Vice-chef du Shin Bet : Non.
Chef du renseignement militaire Halioua : ...Ce n'est pas encore prêt. Je ne peux rien garantir.
Le Premier ministre, Binyamin Netanyahou : Vous devez ajouter et ajouter de manière significative, être prêts pour un round prolongé... Nous ne pouvons pas nous permettre que ce qui se cristallise à trois cent soixante degrés continue de se cristaliser. Mieux vaut le faire avec le Jihad islamique et le Hamas. Nous devons changer le compas et nous n'avons pas d'opportunité---
Chef du renseignement militaire Halioua : Pour moi qui lit le renseignement, j'ai en fait une impression légèrement différente... C'est loin à mes yeux d'une atteinte significative à la dissuasion israélienne face aux fronts que vous avez mentionnées. C'est ainsi que je le vois.
Le Premier ministre, Binyamin Netanyahou : Je le vois différemment. Je pense qu'il y a là une érosion... Nous devons regarder cela avec lucidité et dire la vérité - il y a une érosion, il y a une baisse... Et s'ils ont un doute quelconque, éliminons le doute. Disons-leur - non, il n'y a pas ici... Je veux qu'ils pensent que '' Israël est devenu fou"... Nous voulons leur faire comprendre que ça suffit ! Il faut ici une réponse beaucoup plus puissante... Où est Sinwar...
Chef du renseignement militaire Halioua : Il ne sort pas du tout.
Représentant du renseignement militaire : Mais je dois noter que de tous nos ennemis au cours du dernier mois, la direction du Hamas est le plus dissuadé, le plus confortable pour nous---
Le Premier ministre, Binyamin Netanyahou : Au contraire. Alors si c'est le cas, au contraire. La situation idéale est vraiment d'initier, il n'y a aucun doute là-dessus, mais la probabilité que nous initiions est plus faible. Il y a toujours quelque chose qui se met en travers, il y a une certaine inertie entrainée par le calme qui paralyse - nous connaissons cela. Ici, ils nous ont frappé... À mon avis, nous n'avons pas le choix que de réagir avec force...