Alors qu’un deuxième cycle de discussions sur le nucléaire s’est ouvert ce mardi à Genève entre l’Iran et les États-Unis, Téhéran traverse une phase particulièrement sensible. Les autorités affirment avoir totalement maîtrisé la situation intérieure après les violentes émeutes de janvier et se concentrent désormais sur des exigences strictes vis-à-vis de Washington. Sur le terrain, le climat semble bien plus instable.
Aujourd’hui et demain marquent en Iran la fin des quarante jours de deuil observés après les événements des 8 et 9 janvier, les journées les plus sanglantes de la répression, au cours desquelles des milliers – peut-être des dizaines de milliers selon certaines sources – de manifestants auraient été tués. Le régime prévoit lui-même des rassemblements officiels pour marquer la fin de cette période de deuil.
De nombreux observateurs estiment que ces deux journées pourraient raviver la contestation, même de manière plus limitée. Il y a deux semaines déjà, les commerçants du Grand Bazar de Téhéran – lieu emblématique d’où était partie la vague de protestation il y a environ un mois et demi – avaient appelé à de nouvelles grèves et manifestations à l’issue des quarante jours.
Dès hier soir, des signes d’un possible regain de mobilisation ont été observés, sans qu’il soit encore possible de déterminer s’il s’agit d’un mouvement appelé à s’étendre. Des images diffusées par des opposants iraniens depuis la ville d’Abdanan, dans la province d’Ilam, montrent des dizaines voire des centaines de personnes manifestant contre le régime et scandant « Mort à Khamenei ». D’autres vidéos publiées aujourd’hui font état d’un mouvement persistant et de tirs violents des forces de sécurité en direction des protestataires.
Ces images sont rares et témoignent du courage des manifestants, malgré la brutalité extrême de la répression précédente. De nombreux experts estiment qu’un retour massif de la contestation n’est qu’une question de temps. Les conditions de vie demeurent très difficiles, voire se sont aggravées, et la situation sociale reste explosive.
La peur suscitée par la répression pourrait toutefois dissuader, à court terme, un retour massif dans les rues. En parallèle, le déploiement militaire américain dans la région et les préparatifs évoqués en vue d’une éventuelle frappe contre l’Iran alimentent les attentes d’une partie de la population, qui espère encore l’aide promise par le président américain Donald Trump.
Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a évoqué la fin de la période de deuil en déclarant : « Du sang a été versé sur le sol, nous sommes en deuil, nous pleurons et souffrons pour le sang versé. » Il a affirmé qu’une partie des victimes étaient « corrompues, instigatrices et organisatrices d’un coup d’État », tout en reconnaissant que beaucoup d’autres ne l’étaient pas.