La crise économique en Iran ne faiblit pas, bien au contraire. Après la vague de manifestations autour du Nouvel An persan, qui a ébranlé le régime et entraîné une répression sévère, la situation s’est encore détériorée. Le rial continue de s’effondrer, les prix alimentaires flambent et, dans certains supermarchés, on propose même des paiements échelonnés pour… un yaourt. Deux facteurs tirent aujourd’hui le pays vers le bas : la main de fer contre les protestataires et la crainte d’une escalade avec Washington. Ensemble, ils affaiblissent la monnaie locale, plongent l’économie dans l’incertitude et compliquent le quotidien des citoyens.
Le symbole de cette période est devenu le taux de change du rial face au dollar. À la fin de l’an dernier, lorsqu’il avait atteint environ 1,4 million de rials pour un dollar, des commerçants étaient descendus dans la rue. Désormais, le taux avoisine 1,6 million pour un dollar. Et c’est là que commence le véritable problème : les économies fondent et chaque passage en caisse devient un pari sur le prix du lendemain.
Selon plusieurs témoignages, les prix des produits de base riz, lait, légumes- augmentent à un rythme effréné. Le prix de deux paquets d’épinards a récemment atteint près de 28 dollars. Un jeune homme d’une vingtaine d’années, revenu d’un court séjour familial au Royaume-Uni, raconte avoir vu certains produits doubler en l’espace d’un mois. Le moment le plus révélateur, selon lui : découvrir sur une application de courses la possibilité d’acheter un yaourt en plusieurs fois.
Avant même les manifestations de décembre, l’inflation alimentaire annuelle atteignait déjà 72 %. La répression, les violences dans les rues et les coupures prolongées d’internet ont ensuite aggravé la situation, perturbant les affaires et le commerce. Certaines boutiques ont rouvert, des employés ont repris le travail, mais beaucoup décrivent une routine de survie : cumuler les emplois, vendre des biens personnels, chercher à quitter le pays.
L’Iran dépend fortement des importations -composants, médicaments, matières premières et produits alimentaires- libellées en dollars. Chaque hausse du taux de change se répercute immédiatement sur les prix en magasin. Les commerçants peinent à fixer leurs tarifs lorsque la monnaie fluctue quotidiennement. Certains ralentissent leurs ventes ou ferment temporairement pour éviter de vendre à perte, un geste qui ressemble parfois à une protestation mais relève aussi d’un réflexe de survie économique.
Le système de taux de change multiples, avec un taux préférentiel pour certains importateurs, creuse les inégalités et nourrit un sentiment d’injustice et de corruption, attisant encore la colère publique.
Les indicateurs macroéconomiques confirment cette dégradation. Au cours du premier semestre de l’année iranienne débutée le 21 mars 2025, le produit intérieur brut s’est contracté, en particulier dans des secteurs clés comme l’agriculture, l’industrie et la construction, cette dernière enregistrant une chute marquée. L’inflation demeure très élevée et les prix alimentaires progressent plus vite que les salaires réels.
Le budget de la prochaine année, qui commencera le 21 mars 2026, tente d’afficher une discipline budgétaire, mais prévoit des hausses d’impôts, une augmentation de la TVA et le recours à des bons alimentaires numériques. Des mesures qui risquent de peser davantage sur la consommation et d’accentuer le sentiment d’asphyxie.