Tribune

Les Juifs de France forcés de renoncer à Israël ?

Entretien avec Yannis Roder, directeur de l’Observatoire de l’éducation de la Fondation Jean-Jaurès.

4 minutes
4 juin 2026

ParGuitel Benishay

Les Juifs de France forcés de renoncer à Israël ?
Photo: IStock

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Yannis Roder alerte sur une nouvelle forme d’antisémitisme qui, sous couvert d’antisionisme, viserait désormais l’existence même d’Israël et ses soutiens.

Pour le directeur de l'Observatoire de l'éducation de la Fondation Jean Jaurès, un Juif en France doit obligatoirement se démarquer non seulement de la politique de Binyamin Netanyahou mais plus encore d'Israël en général pour être accepté: ''C'est ce qui semble ressortir des dernières actualités liées notamment au milieu intellectuel, au milieu de l'art, au milieu de la presse aussi parfois, où dès qu'une personne, notamment juive, mais pas seulement juive vous savez, les gens qui soutiennent aussi l'idée qu'il n'y a pas de génocide à Gaza, l'idée qu'Israël a le droit de se défendre, eh bien, ces gens n'ont plus le droit de parler en fait'', explique-t-il au micro de Daniel Haïk sur StudioJ Qualita.
Il ajoute: ''Dès qu'ils parlent, on appelle à leur boycott, on appelle à les exclure, on appelle à les faire démissionner de leur métier, donc il y a vraiment une espèce de rouleau compresseur qui s'est mis en marche, et qui effectivement touche les juifs dès qu'ils s'expriment, ou qu'ils osent s'exprimer sur Israël, simplement de dire qu'ils ne condamnent pas Israël aujourd'hui, ça devient problématique pour eux, et pour ceux que j'appellerais les amis des juifs, qui considèrent qu'Israël a le droit de se défendre, et qu'un génocide n'a pas été commis à Gaza''.

S'il reconnait que la politique française est hostile à Israël, Yannis Roder insiste: ''Les autorités continuent d'agir contre l'antisémitisme, il y a des discours qui sont très clairs, mais maintenant, le problème, c'est que c'est extrêmement difficile de lutter contre un antisémitisme à bas bruit, qui ne dit pas qu'il est antisémite''.

Roder précise: ''Ces gens disent qu'ils agissent au nom du bien, qu'ils ne sont pas antisémites, qu'ils sont antisionistes, qu'on a le droit d'être antisioniste et que ce n'est pas parce qu'on est antisioniste qu'on est antisémite, ils ont toujours quelques juifs avec eux pour dire, regardez, on a des amis juifs. Donc, c'est extrêmement difficile, en réalité, pour les autorités aujourd'hui, de caractériser l'antisémitisme dans ces cas-là''.

Pour lui, c'est ce qui explique les réticences qui ont fait échouer la loi Yadan: ''Il y a eu une levée de bouclier avec une manipulation absolument immense et un mensonge éhonté sur ce que comportait cette proposition de loi'', déplore-t-il.

Yannis Roder met en avant une des caractéristiques de cet antisémitisme qui ne dit pas son nom en prenant deux exemples récents d'attaques contre des artistes juifs: la DJ Barbara Butch et le dessinateur Joann Sfar. ''Aussi bien Barbara Butch, qui est une égérie queer, très connue dans les milieux gays, lesbiens, que Joann Sfar, qui, lui, est très engagé à gauche pour un dialogue israélo-palestinien, qui est allé dans les territoires palestiniens, sont plutôt des figures, on va dire, d'ouverture vers le progressisme et vers la gauche. Eh bien, eux-mêmes ont été pris à partie, eux-mêmes sont menacés dans leurs activités, en réalité. À une époque, les nazis organisaient le boycott des magasins juifs et empêchaient les juifs de travailler, renvoyaient les juifs de la fonction publique ou d'autres, et leur interdisaient d'exercer certains métiers. Aujourd'hui, ce n'est pas l'État qui fait cela, ça vient par le bas, ça vient par des gens, des militants, qui considèrent que Barbara Butch ou même Joann Sfar n'ont pas le droit d'être là où ils sont, et donc de travailler ou de gagner leur vie".

Et de préciser pour conclure ce développement: ''Le problème ce n'est plus Netanyahou, ce n'est plus sa politique, ce n'est plus la guerre à Gaza, le problème c'est juste de dire qu'Israël a le droit d'exister''.

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