Yannis Roder alerte sur une nouvelle forme d’antisémitisme qui, sous couvert d’antisionisme, viserait désormais l’existence même d’Israël et ses soutiens.
Pour le directeur de l'Observatoire de l'éducation de la Fondation Jean Jaurès, un Juif en France doit obligatoirement se démarquer non seulement de la politique de Binyamin Netanyahou mais plus encore d'Israël en général pour être accepté: ''C'est ce qui semble ressortir des dernières actualités liées notamment au milieu intellectuel, au milieu de l'art, au milieu de la presse aussi parfois, où dès qu'une personne, notamment juive, mais pas seulement juive vous savez, les gens qui soutiennent aussi l'idée qu'il n'y a pas de génocide à Gaza, l'idée qu'Israël a le droit de se défendre, eh bien, ces gens n'ont plus le droit de parler en fait'', explique-t-il au micro de Daniel Haïk sur StudioJ Qualita.
Il ajoute: ''Dès qu'ils parlent, on appelle à leur boycott, on appelle à les exclure, on appelle à les faire démissionner de leur métier, donc il y a vraiment une espèce de rouleau compresseur qui s'est mis en marche, et qui effectivement touche les juifs dès qu'ils s'expriment, ou qu'ils osent s'exprimer sur Israël, simplement de dire qu'ils ne condamnent pas Israël aujourd'hui, ça devient problématique pour eux, et pour ceux que j'appellerais les amis des juifs, qui considèrent qu'Israël a le droit de se défendre, et qu'un génocide n'a pas été commis à Gaza''.
S'il reconnait que la politique française est hostile à Israël, Yannis Roder insiste: ''Les autorités continuent d'agir contre l'antisémitisme, il y a des discours qui sont très clairs, mais maintenant, le problème, c'est que c'est extrêmement difficile de lutter contre un antisémitisme à bas bruit, qui ne dit pas qu'il est antisémite''.
Roder précise: ''Ces gens disent qu'ils agissent au nom du bien, qu'ils ne sont pas antisémites, qu'ils sont antisionistes, qu'on a le droit d'être antisioniste et que ce n'est pas parce qu'on est antisioniste qu'on est antisémite, ils ont toujours quelques juifs avec eux pour dire, regardez, on a des amis juifs. Donc, c'est extrêmement difficile, en réalité, pour les autorités aujourd'hui, de caractériser l'antisémitisme dans ces cas-là''.
Pour lui, c'est ce qui explique les réticences qui ont fait échouer la loi Yadan: ''Il y a eu une levée de bouclier avec une manipulation absolument immense et un mensonge éhonté sur ce que comportait cette proposition de loi'', déplore-t-il.