Gérard Bensussan, professeur émérite à l'Université de Strasbourg, chercheur associé aux Archives Husserl de Paris et auteur d'une vingtaine d'ouvrages traduits dans plusieurs langues, devait intervenir à la mi-mai dans le cadre du cycle de conférences du collectif « Rocher dans la tempête », animé par un médecin des Hôpitaux universitaires de Strasbourg. Le sujet de son intervention était la vieillesse, thème de son ouvrage récent Vieillir (Kimé, 2025). Huit jours après avoir accepté l'invitation, il a appris sa déprogrammation.
Le motif invoqué : des « raisons de sécurité » liées au « contexte actuel tendu ». Aucune menace réelle n'a pourtant été identifiée. Rien ne laissait penser qu'un groupe aurait annoncé une mobilisation, ni qu'une conférence sur le grand âge allait déclencher des affrontements. Bensussan lui-même n'a reçu ni pression ni menace.
Pour Gérard Bensussan, cette annulation n'est pas un incident isolé. « Je connais plusieurs collègues universitaires qui, parce que leur confession, leur lieu de résidence ou le thème de leurs recherches a un rapport avec Israël, ont été déprogrammés. La pratique semble se banaliser : je fais le constat d'une ostracisation des enseignants juifs dans le monde universitaire, qui prend une proportion croissante », déplore-t-il.
C'est son engagement contre l'antisémitisme contemporain et son travail intellectuel sur l'antisionisme radical qui font de lui, pour certains milieux idéologiques, un penseur qu'il devient préférable d'éviter. Son ouvrage Des sadiques au cœur pur. Sur l'antisionisme contemporain (Hermann, 2025) avait déjà suscité des débats. Un an plus tôt, une conférence qu'il avait donnée à Strasbourg sur l'antisionisme s'était pourtant déroulée sans incident.
L'affaire a rapidement dépassé le cercle strasbourgeois. Treize universitaires ont adressé une tribune au Point, rappelant la détérioration des conditions du débat intellectuel en France et alertant sur la normalisation de ce type de pratique. Le doyen de la faculté de médecine de Strasbourg, le Pr Jean Sibilia, rhumatologue de réputation nationale, qui avait apporté le soutien de sa faculté à l'organisation de cette conférence, a exprimé son indignation face à cette annulation décidée par la direction du CHU. Il a indiqué qu'une enquête interne avait été ouverte pour faire la lumière sur cette décision.
De son côté, la direction du CHU de Strasbourg n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet.