Ils se sont rencontrés dans ce que tous décrivent comme « l’endroit le plus sombre du monde » : un tunnel souterrain de Gaza. Ohad Ben Ami, Elkana Bohbot, Bar Kuperstein, Yosef Haim Ohana, Maxim Herkin et Segev Kalfon ont partagé des mois de captivité dans des conditions extrêmes. Libérés séparément, ils se sont retrouvés cette semaine à l'occasion d'un reportage de la chaîne N12. Unis par un lien indéfectible forgé dans la peur, la faim et la survie, c'était la première fois qu'ils se retrouvaient tous ensemble depuis leur retour en Israël.
Durant les premiers mois de la guerre, les six hommes étaient détenus séparément. Trois d’entre eux — Yosef Haim Ohana, Segev Kalfon et Maxim Herkin — étaient déplacés de cache en cache en surface, tandis que Bar Kuperstein, Elkana Bohbot et Ohad Ben Ami étaient enfermés sous terre. Leur réunion dans un même tunnel a marqué un tournant. « Nous étions squelettiques, affamés, et soudain nous nous sommes retrouvés ensemble », se souvient Bar Kuperstein.
Malgré l’obscurité, la promiscuité et la menace constante, une forme de routine s’est installée. Les otages racontent avoir chanté, prié, célébré le shabbat avec les moyens du bord. « Nous mettions du papier sur la tête comme des kippas et nous chantions à pleine voix », raconte Yosef Haim Ohana. « À cet instant, nous nous sommes dit que, paradoxalement, c’était mieux d’être là, dans ce tunnel, tous ensemble. »
La faim était omniprésente. « Un triangle de fromage, c’était de l’or », confie Segev Kalfon. Les demandes de nourriture étaient soigneusement calculées, chaque geste pouvant provoquer une réaction violente des ravisseurs. Les six hommes décrivent une terreur psychologique permanente, les tentatives répétées de leurs geôliers de les dresser les uns contre les autres, et l’arbitraire des punitions.
Pour tenir, ils racontaient inlassablement les mêmes histoires, transformant le récit en rituel. « Même si on avait entendu une histoire racontée par les uns ou les autres 300 fois, on écoutait comme si c’était la première », explique Yossef Haim. Le silence, lui, était parfois plus lourd que les mots. « Dans le silence, chacun se retrouvait seul avec ses pensées », ajoute-t-il.
Ohad Ben Ami, le plus âgé du groupe, est rapidement devenu une figure paternelle pour les plus jeunes. « Il était tout pour moi : un père, un ami, un soutien », témoigne Elkana Bohbot. Ohad n’hésitait pas à s’interposer physiquement pour protéger les autres, allant jusqu’à proposer de subir les violences à leur place.
Les ex-otages racontent également avoir été contraints de participer à la mise en scène des vidéos de propagande diffusées par le Hamas. « Nous tenions la lampe, nous corrigions les textes », explique Segev Kalfon, évoquant avec une ironie amère ce qu’ils appelaient entre eux leur « production cinématographique ».
Le moment le plus traumatisant reste celui où les ravisseurs leur ont ordonné de choisir lesquels d’entre eux seraient exécutés. « On nous a dit : “Vous êtes six, choisissez-en trois” », raconte Bar Kuperstein. Une épreuve mentale qui a duré des heures et dont aucun ne dit être réellement revenu.
Toute tentative d’évasion était illusoire. « On élaborait des plans pendant des heures, pour finir par comprendre qu’il n’y avait aucune issue », explique Maxim Herkin. Face au désespoir, la foi et la musique sont restées des refuges essentiels.
Depuis leur libération, progressive, les six hommes se reconstruisent. Leur première rencontre, à l’hôpital, a été chargée d’émotion. « J’ai dit à mes filles qu’elles avaient désormais cinq nouveaux frères », confie Ohad Ben Ami.
Aujourd’hui, leur lien demeure intact. « Nous sommes frères pour la vie », résume Segev Kalfon. Tous parlent d’une « seconde vie », fragile mais précieuse. « La vie est un cadeau », conclut Ohad. « Et cette fois, nous ne la gaspillerons pas. »
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