La veille ou presque de son arrivée discrète en Israël, François Wu, vice-ministre taïwanais des Affaires étrangères, recevait N12 à Taipei pour un entretien exceptionnel. Il y exprimait son désir de se rendre en Israël et d’y constater « l’ampleur de la tragédie du 7 octobre » : « Nous sommes, nous aussi, isolés dans la communauté internationale. Nous devons apprendre de la résilience et du courage israéliens face aux pressions militaires extérieures », D'ailleurs après cette tragédie, Taïwan a rapidement manifesté sa solidarité avec des dons de plusieurs millions de dollars, aide aux centres de résilience communautaire et appui à diverses ONG israéliennes.
Interrogé sur l’éventualité d’acquérir des systèmes israéliens tels que le Dôme de Fer ou Arrow, Wu ne laissait planer aucun doute : « Taïwan souhaite toutes les formes de coopération avec Israël. À vous de décider. Nous ne cherchons pas à vaincre la Chine ; nous voulons uniquement défendre notre démocratie. Nous essayons de trouver la bonne manière de travailler avec Israël, et je crois que nous progressons. »
Ses propos interviennent dans un contexte de tensions accrues. Pékin intensifie ses manœuvres autour de l’île et durcit son discours. Pour la Chine, Taïwan reste un territoire “inaliénable”, conformément au principe de « la Chine unique ».
L’entretien prend aussi une dimension économique majeure. Taïwan concentre près de 60 % de la production mondiale de semi-conducteurs, et 90 % des puces avancées indispensables à l’IA, essentiellement fabriquées par le géant TSMC, valorisé à plus de 1 000 milliards de dollars. Taïwan est le premier producteur mondial de semi-conducteurs, surtout dans le segment avancé. L’industrie high-tech israélienne a besoin de ces puces. Les liens entre les deux pays sont déjà importants, mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.
S’il n’existe pas de relations diplomatiques officielles entre Israël et Taïwan, les échanges n’en demeurent pas moins actifs. Taipei et Tel-Aviv entretiennent depuis 2019 une coopération informelle dans les domaines du cyber, de l’intelligence artificielle et de la sécurité. Dans les deux capitales, on se refuse à confirmer la visite de Wu. Mais Taïwan souligne que les deux pays « partagent les valeurs de liberté et de démocratie » et continueront à « promouvoir des coopérations mutuellement bénéfiques » en matière de commerce, technologie et culture.